En cette fin juin, la France affronte une canicule persistante, avec 58 départements placés en vigilance rouge. Les températures dépassent allégrement les 40 degrés, mettant à rude épreuve le réseau routier national. Des fermetures de routes commencent à devenir une réalité préoccupante, notamment dans le département de Meurthe-et-Moselle, où une route départementale a dû être fermée en raison du phénomène de ressuage, qui se produit lorsque le bitume, soumis à une chaleur intense, ramollit et remonte à la surface.
EN BREF
- La canicule entraîne la fermeture de routes en France, notamment en Meurthe-et-Moselle.
- Des solutions comme le lait de chaux sont mises en œuvre pour prévenir les dégradations.
- Les collectivités doivent s’adapter à des températures de plus en plus élevées.
Christophe Devoille, directeur adjoint des routes départementales dans le Maine-et-Loire, témoigne de l’ampleur du problème. Il évoque les chaussées qui ne parviennent plus à se refroidir la nuit, entraînant des dégradations notables. « Le bitume va se coller aux pneus et va créer des dégradations. C’est comme un nid de poule qui s’étale, » explique-t-il. Actuellement, près de 240 kilomètres de routes sont affectées dans ce département.
Face à cette situation alarmante, certaines collectivités mettent en place des mesures préventives. Parmi elles, l’application de lait de chaux, un mélange de chaux et d’eau qui permet de refléter la lumière du soleil et de réduire la montée en température du bitume. Cette solution est jugée économique, coûtant quelques milliers d’euros contre plusieurs centaines de milliers pour un renouvellement complet de chaussée.
De nombreuses collectivités, telles que l’Ille-et-Vilaine, le Rhône ou le Puy-de-Dôme, ont déjà adopté cette technique. Dans le Maine-et-Loire, un camion spécialement aménagé a été mis en service pour faire face à ces épisodes caniculaires récurrents. Le directeur adjoint des routes départementales souligne l’importance de cette solution, qui pourrait améliorer la sécurité des usagers tout en limitant les coûts.
Pour David Zambon, directeur général adjoint de la Cesema, la question de l’adaptation des infrastructures routières devient incontournable. « On va probablement, dans les années futures, prendre comme températures de référence des températures plus élevées que celles qu’on a prises par le passé, » affirme-t-il. Il souligne qu’il est irréaliste de penser à refaire l’intégralité du million de kilomètres de routes françaises. Une adaptation sera donc nécessaire pour vivre avec des routes parfois fermées durant l’été.
Alexandre Rouffignac, délégué général de Routes de France, partage cette préoccupation. Il appelle à une réévaluation des normes de construction routière face à un changement climatique qui impose de nouvelles réalités. « Aujourd’hui, on a le changement climatique qui est intervenu, les fortes chaleurs s’intensifient, » déclare-t-il. Il souligne également que d’autres pays, comme l’Espagne, ont déjà adapté leurs infrastructures aux réalités climatiques, et que la France doit suivre cet exemple.
À mesure que les épisodes caniculaires se multiplient, il devient impératif de repenser la manière dont les routes sont conçues et entretenues. Les collectivités doivent se préparer à une nouvelle ère, où la gestion des routes pourrait s’apparenter davantage à celle des hivers, avec des épandeurs de lait de chaux remplaçant les saleuses traditionnelles. L’avenir des infrastructures routières en France dépendra d’une volonté d’adaptation aux défis climatiques actuels et futurs.