Alors que la question des violences sexuelles sur mineurs prend une ampleur croissante dans le débat public, la Catalogne expérimente un modèle innovant inspiré du système islandais des « Barnahus ». Ce concept, qui traduit littéralement « maison des enfants », vise à offrir un environnement sécurisé et adapté pour recueillir les témoignages des jeunes victimes.
EN BREF
- 14 maisons Barnahus en Catalogne, inspirées du modèle islandais.
- Environnement chaleureux pour recueillir les témoignages des enfants.
- Réduction des délais judiciaires pour les victimes de violences sexuelles.
Inaugurée en février 2024 à Terrassa, près de Barcelone, la première de ces maisons en Catalogne a pour objectif de transformer la manière dont les mineurs victimes de violences sexuelles sont entendus. Mariona Auradell, coordinatrice de la Barnahus, souligne l’importance d’un cadre accueillant, où les enfants se sentent en sécurité pour s’exprimer. « Nous avons conçu cet espace comme un foyer, avec des fauteuils confortables et des activités adaptées », explique-t-elle.
Les jeunes victimes peuvent ainsi venir sur rendez-vous avec un adulte de confiance. Une fois prêtes, elles sont reçues dans une salle d’audition, où deux professionnels formés aux violences sexuelles les écoutent et enregistrent leur témoignage. Ce procédé évite aux enfants de devoir répéter leur histoire à plusieurs reprises, ce qui est souvent traumatisant.
Avec ce modèle, les enfants ne se retrouvent pas face à des inconnus. Au contraire, ils interagissent avec des spécialistes qui les accompagnent tout au long du processus. « Un juge ne sait pas toujours comment interroger un enfant de 5 ou 8 ans », précise Mariona Auradell. « Ici, les enfants parlent avec des personnes qu’ils connaissent, dans un environnement qu’ils maîtrisent. » Cela favorise des témoignages plus précis et diminue le nombre de plaintes classées sans suite.
Les résultats de cette approche sont significatifs. Pilar Aranda, coordonnatrice des maisons en Catalogne, indique que le délai moyen pour la résolution des affaires a été réduit de trois ans à un an et demi. « Chaque jour d’attente peut accroître l’anxiété des victimes », ajoute-t-elle.
Le concept de Barnahus a été adopté après des affaires de violences sexuelles qui ont secoué la société, comme l’affaire Lyhanna. Des victimes adultes, qui n’ont pas eu accès à de telles structures, témoignent des conséquences dévastatrices de leur vécu. Mar Moleon, par exemple, évoque la difficulté qu’elle a rencontrée pour se faire entendre. « Je ne croyais pas que ma parole valait quelque chose », confie-t-elle, regrettant le manque d’écoute dont elle a souffert.
En Espagne, le modèle Barnahus a été introduit après un scandale de pédophilie qui a ébranlé les écoles catholiques en 2016. Emilie Rivas, membre de l’ONG Save the Children, souligne l’importance d’un tel modèle pour éviter que des tragédies similaires ne se reproduisent. « Il faut souvent attendre des scandales pour avancer », déclare-t-elle. « Nous devons être proactifs dans la protection des enfants. » Elle plaide pour l’adoption de ce système en France, où rien de similaire n’existe encore.
Le développement de telles maisons nécessite un investissement à long terme. Les experts estiment qu’il faut au moins dix ans pour établir durablement ce type de structure. En Catalogne, le financement initial provient de fonds européens, avec un soutien local pour la pérennité de ces maisons.
La Catalogne continue de montrer la voie en matière de protection des enfants victimes de violences sexuelles. Le modèle Barnahus pourrait inspirer d’autres régions, tant en Espagne qu’à l’international, pour améliorer les conditions d’écoute et de prise en charge des plus jeunes.