Dans un entretien riche en réflexions, Catherine Pégard, actuelle ministre de la Culture, revient sur son parcours et sur les enjeux qui l’attendent depuis sa nomination en février dernier. Ancienne journaliste et conseillère à l’Élysée, elle partage sa vision sur la culture française, ses défis, et la manière dont elle envisage son rôle au sein d’un ministère confronté à de nombreuses contraintes.
EN BREF
- Catherine Pégard, ministre de la Culture depuis février, évoque les défis de son poste.
- Elle souligne l’importance de la culture dans le débat public, malgré les contraintes budgétaires.
- La tapisserie de Bayeux, symbole de la diplomatie culturelle française, suscite des débats.
Depuis son installation rue de Valois, Catherine Pégard doit naviguer entre les attentes d’un secteur culturel en pleine mutation et les réalités budgétaires imposées par le gouvernement. Consciente des enjeux, elle déclare que la culture est omniprésente dans nos vies, et son rôle est de la mettre en valeur tout en jonglant avec des sujets controversés.
Le poste de ministre de la Culture : un défi constant
La nomination de Catherine Pégard a été perçue comme un pari audacieux après le départ de Rachida Dati. Âgée de 72 ans, l’ancienne présidente du château de Versailles a su construire un réseau solide durant ses douze années à la tête de cet emblème de la culture française. Elle a hérité d’un ministère où la polémique fait souvent surface, comme en témoigne le récent débat autour de la tapisserie de Bayeux.
« Le stress est derrière nous », lâche-t-elle en évoquant ce prêt emblématique, qui a nécessité une réflexion approfondie et mobilisé des experts. Le succès de l’exposition, qui a attiré des milliers de visiteurs, prouve selon elle que la culture peut être un puissant vecteur de relations internationales.
Réinventer la culture pour les jeunes générations
Catherine Pégard prend conscience que pour attirer un public jeune, il est impératif de renouveler les approches. « Accrocher un tableau avec un petit cartel ne suffit plus », affirme-t-elle. Elle prône un vocabulaire adapté et ludique pour capter l’attention des adolescents. « Leur faire comprendre que l’exotisme peut résider dans une visite physique plutôt que dans un écran est un défi majeur », insiste-t-elle.
Dans cette optique, elle souligne l’importance de l’éducation à l’image et de l’esprit critique. Elle souhaite que les jeunes continuent à s’intéresser à la culture, à la questionner, et à développer leur propre point de vue.
La culture comme outil de puissance
La ministre rappelle que la culture française est reconnue à l’international et qu’elle doit rester un symbole de fierté nationale. Elle évoque l’exemple de la photographie, dont le bicentenaire sera célébré par 60 pays, et souligne que la France a partagé ses innovations avec le monde. Pour elle, la culture est plus qu’un simple loisir ; c’est un levier économique et éducatif essentiel.
Catherine Pégard aborde aussi la complexité de la relation entre la politique et la culture. Elle est convaincue que de nombreux débats culturels émergeront lors de la prochaine campagne présidentielle. « Dans des périodes difficiles, la culture devient centrale dans le débat politique », prédit-elle.
Préservation du patrimoine et enjeux budgétaires
Concernant le patrimoine, Pégard souligne que l’État a déjà pris des mesures significatives, notamment avec le plan de sauvegarde des cathédrales. Elle rappelle que le patrimoine local, souvent négligé, joue un rôle tout aussi crucial pour l’identité et l’attractivité des territoires. « Nous devons répondre aux demandes des communes qui souhaitent préserver leur héritage culturel », affirme-t-elle.
À l’aube d’une séquence budgétaire délicate, la ministre reste lucide. « Nous devrons faire des efforts, mais il y a des priorités sur lesquelles il ne faut pas transiger », insiste-t-elle, évoquant le maillage territorial de l’offre culturelle comme une richesse à préserver.
Enfin, en évoquant sa nomination et son parcours, Catherine Pégard se montre consciente des défis qui l’attendent. Sa loyauté envers ceux qu’elle sert et sa passion pour la culture semblent être les moteurs de son engagement. « J’adore la politique, mais je garde toujours un certain recul », conclut-elle.