Classes défense et sécurité : enjeux et inquiétudes autour de l’éducation militaire

Les « classes défense et de sécurité globales » prennent une ampleur croissante en France. Instauré en 2016, ce dispositif éducatif est devenu une priorité pour le gouvernement d’Emmanuel Macron, notamment en raison des tensions géopolitiques actuelles. En réponse à des crises telles que la guerre en Ukraine et les conflits au Moyen-Orient, l’Éducation nationale cherche à former des citoyens « responsables et engagés » dans un monde de plus en plus complexe.

EN BREF

  • Le dispositif des classes défense et sécurité concerne 1.200 classes et 32.000 élèves.
  • Des activités controversées suscitent des inquiétudes sur un potentiel embrigadement.
  • Le gouvernement prévoit d’étendre la durée des classes à trois ans.

Guillaume Ancel, ancien officier, évoque un problème crucial en France et en Europe, signalant que seulement 3 % de la population possède une culture militaire. Pour lui, il ne s’agit pas d’inciter à la violence, mais d’éveiller les consciences sur des enjeux militaires importants.

Les classes, qui permettent des échanges réguliers avec des unités militaires, ont vu leur nombre d’élèves multiplié par dix en dix ans. Pour l’année scolaire 2025-2026, 1.200 classes accueillent 32.000 élèves, qui participeront à des cérémonies et des visites de sites militaires.

Catherine Noël, enseignante dans un collège de la Marne, témoigne de l’intérêt croissant de ses élèves pour ces activités. Elle a même intégré une démonstration de drones réalisée par des militaires pour rendre ses cours plus captivants, face à un manque d’engagement apparent dans les matières traditionnelles.

Néanmoins, cette initiative suscite une certaine frilosité parmi les parents et les enseignants, qui craignent un embrigadement vers une culture militaire. À Dijon, une mère a été surprise d’apprendre que son fils participait à des ateliers lui apprenant à se déguiser en CRS pour gérer des manifestants. Ce type d’activité a provoqué l’indignation, et sa famille a décidé de retirer son enfant du programme.

En Moselle, des séances de tir au laser ont été organisées, où les élèves, sous la supervision de militaires, s’entraînaient à tirer dans un gymnase. Le ministère de l’Éducation a précisé qu’il s’agissait d’un simple « tir sportif ». Pourtant, cette initiative a été mal perçue, certains y voyant une glorification des pratiques militaires.

Guillaume Ancel défend ces activités, arguant qu’il est essentiel d’éduquer les jeunes sur les réalités militaires. Il souligne que 97 % de la population n’a pas les connaissances nécessaires pour comprendre les enjeux de la guerre, et ces classes sont une manière d’informer les élèves dès leur jeune âge.

Avec une volonté manifeste d’accroître le nombre de ces classes, plusieurs enseignants ont fait état de la nécessité d’en créer pour pouvoir organiser des sorties, les budgets des établissements étant trop limités. De plus, l’armée prend en charge les frais de transport, renforçant ainsi l’attractivité du dispositif.

Emmanuel Macron a récemment annoncé une extension de la durée des classes à trois ans, bien que chaque académie ait la latitude de décider de sa mise en œuvre. Cette évolution pourrait renforcer l’impact de ces initiatives, tout en continuant d’alimenter le débat sur leur pertinence et les risques d’embrigadement.