Classés sans suite : une plateforme pour les victimes de violences sexuelles oubliées par la justice

Depuis son lancement, la plateforme Classés sans suite s’est imposée comme un espace vital pour les victimes de violences sexuelles. Créée le 9 juin 2023 par la réalisatrice et productrice Ève Simonet, elle répond à un besoin urgent de donner la parole à celles et ceux dont les témoignages ont été ignorés par le système judiciaire. La plateforme se veut un refuge où les victimes peuvent enfin être entendues et crues.

EN BREF

  • Plus de 4 500 témoignages recueillis en une semaine.
  • 94 % des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite.
  • Un projet d’outil de data journalisme en préparation pour croiser les données.

Les premiers chiffres de la plateforme sont frappants : 4 573 témoignages, 1 907 plaintes ignorées, et une présence dans 99 départements. Ces statistiques, à la fois alarmantes et révélatrices, soulignent un phénomène systémique : la majorité des victimes de violences sexuelles ne reçoivent pas la reconnaissance ni le soutien qu’elles méritent.

La démarche d’Ève Simonet s’inscrit dans un contexte social et politique particulier, marqué par des mouvements de protestation contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Dans une déclaration à RMC, elle a rappelé que « 94 % des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite ». Son initiative vise à créer un contre-exemple, un espace où les victimes peuvent s’exprimer librement.

Les témoignages accueillis par la plateforme révèlent des récits poignants et douloureux. Une femme, par exemple, raconte que son père l’a violée à l’âge de cinq ans, et qu’elle a attendu des années avant de porter plainte. Un autre témoignage décrit une agression survenue dans une colonie de vacances, où la victime a vu son agresseur continuer sa vie normalement après avoir été licencié. Ces récits, bien que variés, partagent une même douleur : celle d’être non crue ou minimisée.

Ève Simonet, elle-même victime d’inceste, a également connu le désespoir d’une plainte classée sans suite. Elle évoque une expérience personnelle où sa parole a été remise en question, tant par la police que par des professionnels de la santé. Aujourd’hui, elle aspire à faire de Classés sans suite une « archive citoyenne » pour toutes celles et ceux qui ont été réduits au silence.

La plateforme a rapidement gagné en popularité, accueillant près de 800 témoignages dans les 48 heures suivant son lancement. À l’heure actuelle, les récits continuent d’affluer, reflétant une société qui commence à prendre conscience de la gravité des violences sexuelles. Les victimes se sentent enfin soutenues et écoutées dans un espace qui leur appartient.

En tant que projet citoyen, Classés sans suite aspire à susciter une prise de conscience collective sur le caractère généralisé et systémique des violences sexistes et sexuelles. Simonet souligne que « 80 % des plaintes déposées ont été classées sans suite », et que 37 % des témoins n’avaient jamais osé porter plainte, anticipant le rejet de leur parole. Une réalité difficile à accepter, qui met en lumière la culture du doute qui entoure souvent les témoignages de femmes et d’enfants.

Face à l’afflux de témoignages, Ève Simonet envisage l’avenir de la plateforme. Elle désire d’abord permettre à ces voix de s’exprimer, considérant cela comme un acte politique. Elle projette également de développer un outil de data journalisme qui permettra de recouper les témoignages avec les statistiques judiciaires officielles. Ainsi, elle espère apporter un éclairage nouveau sur ces violences.

Il est essentiel que la société prenne conscience des réalités vécues par ces victimes et que des mesures concrètes soient mises en place pour les soutenir. Classés sans suite est un pas dans la bonne direction, une initiative qui donne une voix à ceux qui ont été trop longtemps oubliés par la justice.