Coline Berry témoigne d’inceste devant l’Assemblée nationale, relançant le débat sur la prescription

Ce mercredi, Coline Berry a pris la parole devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, dédiée au traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales. La fille de l’acteur Richard Berry et de la comédienne Catherine Hiegel a livré un témoignage poignant, décrivant des viols répétés subis durant son enfance, tout en évoquant une justice qui lui a répondu qu’il était « trop tard » pour agir.

EN BREF

  • Coline Berry dénonce des viols subis dans son enfance face à l’Assemblée nationale.
  • Elle appelle à la réforme des délais de prescription pour les crimes incestueux.
  • Son témoignage relance le débat sur la protection des victimes d’inceste en France.

Le témoignage de Coline Berry a résonné avec une brutalité sans précédent dans les murs du Palais Bourbon. À 49 ans, elle a partagé des souvenirs marquants de son enfance, décrivant des scènes troublantes et des émotions encore vives. « C’étaient des viols répétés presque chaque week-end. Le sexe de mon père dans ma bouche… Je garde encore aujourd’hui le souvenir de l’odeur, des sensations », a-t-elle déclaré, chaque mot pesé et chargé de douleur.

Ce récit s’inscrit dans une série d’affaires récentes qui ont secoué la France, notamment celle de Lily, une fillette de 10 ans qui avait dénoncé les abus de son grand-père. Coline Berry a insisté sur un point crucial : l’inceste ne se limite pas à un acte isolé, mais constitue un véritable système. « L’inceste, ce n’est pas qu’un moment. C’est un climat. C’est une imprégnation lente, diffuse, constante », a-t-elle expliqué, soulignant l’importance de reconnaître l’environnement familial dans lequel de tels actes se produisent.

Coline Berry a également évoqué la violence conjugale qu’elle a subie, précisant que les agressions sexuelles étaient précédées de violences physiques et psychologiques exercées par son père sur sa mère. « Le point de départ, ce sont les violences psychologiques et physiques de mon père envers ma mère », a-t-elle révélé, rappelant un silence pesant qui a entouré ces actes au sein de sa famille. Cette loi du silence, souvent observée dans les cas d’inceste, contribue à l’impunité des agresseurs.

Richard Berry, quant à lui, a toujours nié les accusations portées par sa fille, et la justice a classé l’enquête sans suite en août 2022, en invoquant la prescription des faits. Coline Berry a dénoncé cette décision en posant une question essentielle : « La justice qui m’a dit que c’était trop tard… Mais trop tard pour qui ? » Ce questionnement résonne dans le débat plus large concernant la nécessité d’une réforme des lois sur la prescription des crimes incestueux.

En France, bien que le délai de prescription pour les viols sur mineurs ait été prolongé à 30 ans depuis 2018, cette loi ne s’applique pas de manière rétroactive. Ainsi, de nombreuses victimes, comme Coline Berry, se retrouvent dans l’impossibilité de faire valoir leurs droits. Elle a demandé l’imprescriptibilité des crimes incestueux, soutenue par plusieurs associations de victimes qui soulignent que les mécanismes de l’inceste, tels que l’emprise et l’amnésie traumatique, empêchent souvent les victimes de dénoncer leurs agresseurs dans un délai raisonnable.

À l’opposé, les opposants à l’imprescriptibilité avancent des arguments sur les difficultés de preuve et le risque de procès basés uniquement sur des témoignages anciens. Ce débat, complexe et sensible, est désormais sur le devant de la scène, alors que la commission d’enquête doit formuler ses recommandations dans les semaines à venir.

Coline Berry a conclu son audition en exprimant son espoir que les travaux de la commission ne resteront pas lettre morte. Son témoignage, aussi difficile soit-il, fait partie d’un mouvement plus large pour la reconnaissance et la protection des victimes d’inceste. Ce mercredi, une femme a partagé son histoire sans filtre, 40 ans après les faits, et cette parole, au moins, ne pourra lui être retirée.

Alors que le pays continue de faire face à des scandales d’abus sexuels, l’importance de la protection de l’enfance et de la révision des lois devient de plus en plus pressante. Chaque témoignage, chaque voix qui s’élève contribue à construire un mur de protection pour les plus vulnérables, un mur qui, espérons-le, finira par tenir.