Près de cinq ans après la tragédie du pont Morandi à Gênes, les décisions de justice sont tombées. Le 16 juillet 2023, un tribunal italien a condamné trente-deux personnes à des peines de prison allant jusqu’à 12 ans. Cet effondrement, survenu le 14 août 2018 sous une pluie battante, a entraîné la chute de plusieurs véhicules et coûté la vie à 43 personnes.
EN BREF
- Trente-deux accusés condamnés à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison.
- Des anciens dirigeants d’Autostrade per l’Italia parmi les condamnés.
- La tragédie a soulevé des questions sur l’état des infrastructures en Italie.
Parmi les condamnés se trouvent des anciens hauts responsables de la société d’autoroutes Autostrade per l’Italia, gestionnaire du pont. Giovanni Castellucci, ancien directeur général d’Autostrade, a reçu la peine la plus sévère. Il purge déjà une peine pour un autre accident tragique survenu en 2013, qui avait causé la mort de 40 personnes dans le sud de l’Italie. Castelucci a été déclaré coupable de négligence et d’homicide involontaire, malgré ses déclarations devant le tribunal, où il a affirmé se sentir « responsable mais pas coupable ».
Son avocat, Me Giovanni Paolo Accinni, a contesté cette condamnation, soutenant que la cause de l’effondrement résidait dans un vice de construction caché, plutôt que dans un manque d’entretien. Le tribunal a cependant souligné qu’une maintenance adéquate n’avait pas été effectuée depuis des décennies sur le pont, mettant en lumière un manquement grave à la sécurité.
Les peines prononcées ne se limitent pas à Castellucci. Les anciens numéros deux et trois d’Autostrade ont été condamnés à des peines de cinq ans et demi et de 11 ans respectivement. Un ancien responsable du ministère des Infrastructures a également été condamné à cinq ans de prison. Au total, 28 co-accusés ont été reconnus coupables, avec des peines d’au moins un an et 11 mois.
Cette affaire a révélé les défaillances dans l’entretien des infrastructures italiennes et a soulevé des préoccupations quant à la gestion des autoroutes dans le pays. Les témoignages lors du procès ont révélé qu’aucune intervention de maintenance minimale n’avait été réalisée sur le pilier numéro 9, qui s’est effondré le jour de la catastrophe. Des travaux étaient pourtant prévus sur ce pilier, mais ils n’ont jamais été effectués.
À l’issue du verdict, Michele Matti Altadonna, frère d’une des victimes, a exprimé un soulagement amer. « Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il existe des coupables pour nos proches assassinés », a-t-il déclaré, soulignant que l’effondrement aurait pu être évité. Raffaele Caruso, avocat du Comité des proches des victimes, a soutenu que la responsabilité des accusés était clairement établie.
Le vice-ministre italien des Infrastructures et des Transports, Edoardo Rixi, a également commenté le verdict, affirmant que les responsabilités avaient enfin été reconnues. « L’effondrement n’était pas une fatalité, mais le résultat de graves erreurs et omissions », a-t-il déclaré, mettant en avant l’importance de garantir la sécurité des infrastructures.
Cette tragédie a non seulement coûté la vie à de nombreuses personnes, mais elle a également soulevé des questions sur la gestion des infrastructures en Italie, plaçant la responsabilité sur ceux qui étaient censés veiller à leur entretien. Les condamnations prononcées ce jour-là sont un pas vers la justice pour les victimes et leurs familles, même si elles ne sauront jamais apaiser la douleur de cette perte incommensurable.