Les appels téléphoniques en inconnu, souvent précédés d’un préfixe 01 62, sont devenus familiers pour de nombreux Français. Dans une vidéo d’enquête publiée fin mai, le youtubeur spécialiste de la cybersécurité, Micode, a décidé de répondre à ces appels, révélant ainsi une arnaque bien orchestrée. Son enquête, relayée par le quotidien régional La Dépêche, met en lumière les méthodes employées par des téléopérateurs pour obtenir des informations bancaires des victimes.
EN BREF
- Une enquête de Micode dévoile des arnaques au téléphone ciblant des données bancaires.
- Des appels promettent des gains, puis obtiennent des IBAN via des mandats de prélèvement.
- Le démarchage téléphonique non sollicité sera interdit à partir d’août 2026.
Le modus operandi de ces arnaqueurs s’articule autour de promesses de remboursement ou d’argent à gagner, ce qui diminue la méfiance des interlocuteurs. Au cours de la conversation, qui peut durer jusqu’à vingt minutes, les opérateurs cherchent à obtenir un IBAN et à faire signer un « contrat » présenté comme une simple formalité. Cependant, ce document constitue en réalité un mandat de prélèvement.
Micode a même enregistré des conversations dans un centre d’appels infiltré, où il a entendu un opérateur affirmer : « Je vais l’harceler, j’en ai rien à faire. Je vais la faire craquer« . Cette déclaration soulève des questions sur la nature exacte de l’arnaque et la pression exercée sur les victimes.
Depuis 2023, l’ARCEP, le régulateur des télécoms, a attribué des séries de numéros comme 01 62 ou 05 68 aux appels commerciaux, ce qui constitue un premier indice d’alerte. L’enquête de Micode révèle l’existence d’une entreprise française basée à Paris, opérant avec des centres d’appels au Maroc, ainsi qu’un réseau de sociétés de conseil ayant déjà été signalées pour des prélèvements litigieux.
Le schéma de l’arnaque reste constant : la victime est abordée avec des promesses de gains, suivies de vérifications d’informations personnelles, avant que l’on ne lui demande son IBAN. Bien que la Banque de France rappelle qu’un prélèvement SEPA nécessite une autorisation formelle, les arnaqueurs parviennent à faire signer un document qui permet des débits automatiques, souvent sans que la victime ne s’en rende compte.
Des sites spécialisés, tels que iPhon.fr, mettent en évidence l’utilisation de signatures électroniques sur des documents PDF. Ces derniers contiennent des mentions discrètes sur la durée d’engagement et l’identité réelle de la société préleveuse. Une fois le mandat en place, les centres d’appels se déplacent vers de nouvelles cibles, tandis que la gestion des prélèvements devient entièrement automatisée.
Dans le centre d’appels infiltré, l’acharnement des opérateurs est évident : ils rappellent plusieurs fois par jour pour obtenir un « oui ». Le langage rassurant, les références à des partenaires bancaires ou à des offres limitées participent à cette stratégie de persuasion.
Pour contrer ces pratiques, Micode conseille aux particuliers de ne pas répondre aux appels provenant de préfixes réservés au démarchage téléphonique et de recourir à des applications de filtrage d’appels. Le ministère de l’Économie propose également la liste d’opposition Bloctel, tandis que la DGCCRF souligne qu’un prélèvement contesté peut être signalé à la banque et que le mandat peut être révoqué.
Il est à noter que la loi n° 2025-594, qui entrera en vigueur le 11 août 2026, interdit le démarchage téléphonique non sollicité sur la base d’un opt-in. Cependant, il est probable que les réseaux frauduleux s’adaptent pour contourner ces nouvelles réglementations.
Dans un contexte où les fuites de données massives alimentent ces pratiques frauduleuses, la vigilance s’impose. Les consommateurs doivent rester alertes face à des techniques de démarchage de plus en plus sophistiquées.