Le président Emmanuel Macron a atterri ce lundi 6 juillet 2026 à Damas, marquant une visite inédite en Syrie. Il s’agit de la première fois qu’un chef d’État d’une puissance occidentale se rend dans le pays depuis la chute de Bachar al-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Chareh fin 2024.
EN BREF
- Emmanuel Macron effectue une visite historique en Syrie.
- Il prône une Syrie libre et respectueuse de sa diversité.
- Des discussions sur la reconstruction du pays sont prévues.
Accueilli par le ministre des Affaires étrangères syrien, Asaad al-Shaibani, le président français a pour objectif de promouvoir une Syrie libre et plurielle lors de son séjour, qui se poursuivra jusqu’à mardi. L’Élysée a souligné l’importance de voir la Syrie jouer un rôle modérateur au sein du Moyen-Orient.
La France avait choisi de ne pas communiquer sur la visite de Macron jusqu’à son arrivée, invoquant des raisons de sécurité. En effet, la Syrie est en phase de fragile pacification après treize ans de conflit, et un attentat à Damas a récemment coûté la vie à dix personnes.
Ce déplacement est le premier d’un président français en Syrie depuis ceux de Nicolas Sarkozy en 2008-2009, avant que les relations ne soient rompues en raison de la répression du Printemps arabe par le régime d’Assad. L’agence officielle syrienne Sana a qualifié cette visite d’« historique », la considérant comme une étape charnière pour le rétablissement de la présence internationale de la Syrie.
En mai 2025, Emmanuel Macron avait déjà été le premier dirigeant occidental à recevoir Ahmad al-Chareh à l’Élysée, un geste audacieux qui avait suscité des critiques, notamment venant de l’opposition politique. Ce dernier avait ensuite effectué un voyage stratégique à Washington, ce qui a contribué à la levée des sanctions contre la Syrie.
Accompagné de plusieurs chefs d’entreprise, dont Rodolphe Saadé de CMA-CGM et Patrick Pouyanné de TotalEnergies, Macron souhaite aborder la question de la reconstruction du pays. Toutefois, les entreprises françaises restent prudentes quant à leurs investissements en Syrie.
Emmanuel Macron est décrit par son entourage comme un président qui fait preuve de courage en se rendant dans un pays instable, cherchant à établir un dialogue avec les Syriens de diverses origines et aspirations. Bien que le programme détaillé de la visite ne soit pas rendu public pour des raisons de sécurité, une discussion informelle est prévue dès lundi soir avec son homologue syrien, suivie de réunions officielles le mardi.
L’Élysée a rappelé que la France attend de la nouvelle Syrie qu’elle respecte la pluralité de ses composantes. Paris se montre confiant, mais aussi exigeant, affirmant qu’il n’est pas question qu’un pouvoir exclusif remplace un autre. Les engagements du président al-Chareh pour protéger les minorités sont notés, mais des événements passés, tels que le massacre d’alaouites en mars 2025, soulèvent des interrogations sur la viabilité de ces promesses.
En outre, des enjeux majeurs demeurent, comme la lutte contre l’État islamique, ainsi que la présence de jihadistes français sur le sol syrien. Les attentats de 2015 en France, orchestrés depuis la Syrie, rappellent l’urgence de cette situation.
Enfin, selon Denis Bauchard, ancien ambassadeur et expert à l’Institut français des relations internationales (Ifri), cette visite illustre la volonté de Macron de renforcer le régime syrien à un moment où Israël cherche à maintenir une Syrie affaiblie, méfiante vis-à-vis de la Turquie et de son influence.