Ce mardi 29 septembre, des milliers d’enseignants se mobilisent à travers la France pour revendiquer une revalorisation de leur point d’indice, alors qu’ils subissent de plein fouet l’inflation et la stagnation de leurs salaires. Cette grève fait écho à une colère qui monte depuis plusieurs années, alimentée par des conditions de travail de plus en plus difficiles et un sentiment de déclassement social.
EN BREF
- Les enseignants manifestent pour une revalorisation de leur point d’indice.
- Environ 170 mobilisations sont prévues sur tout le territoire français.
- Un sentiment de déclassement social s’ajoute aux revendications salariales.
Cette journée de grève, à l’appel de l’intersyndicale de la fonction publique, est marquée par des blocages dans plusieurs établissements scolaires. Les enseignants expriment leur ras-le-bol face à une situation qu’ils jugent insupportable. Parmi eux, Emmanuelle, professeure d’espagnol en Haute-Savoie, témoigne de sa réalité : « On a l’impression de vivre moins bien que nos parents ne vivaient. » À 55 ans, cette enseignante se déplace quotidiennement sur 35 kilomètres pour se rendre à son collège, contrainte par des prix immobiliers prohibitifs.
Les organisations syndicales rapportent qu’environ 40 % des enseignants dans les écoles primaires pourraient rejoindre le mouvement. La grève s’inscrit dans un contexte où plus de la moitié des collèges et lycées manquent de professeurs, ce qui contredit les discours rassurants du ministre de l’Éducation nationale.
Sébastien, 38 ans, enseignant stagiaire, fait également partie de ceux qui se battent pour des conditions de vie plus dignes. « Je squatte chez des amis d’amis près d’Annemasse, où le logement est extrêmement cher, et chez un collègue à Grenoble, dans un studio, » partage-t-il. Avec un salaire de 1665 euros et 250 euros de frais de train par mois, il peine à s’en sortir.
L’inflation, qui a atteint près de 24 % depuis 2017, est au cœur des préoccupations des enseignants. Les derniers ajustements de leur point d’indice, réalisés en 2022 et 2023, ne suffisent pas à compenser l’érosion de leur pouvoir d’achat. Au fil des années, leur rémunération a stagné, les plaçant en situation de précarité par rapport à d’autres cadres de la fonction publique.
Bien que des mesures aient été prises, comme une prime d’attractivité pour les débuts de carrière et des augmentations de certaines indemnités, les syndicats jugent ces efforts largement insuffisants. Une note récente du ministère de l’Éducation a suscité des réactions acerbes. Elle évaluait le salaire moyen des enseignants à 3090 euros, sans tenir compte des disparités qui existent dans la profession.
Les revendications vont au-delà de simples augmentations de salaire. Elles touchent également au statut et à l’image de la profession. Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du Se-Unsa, souligne que « pour toucher un salaire de 3000 euros, il faut, a minima, 25 ans de carrière. » Les enseignants estiment qu’ils sont souvent déconsidérés par les autorités, ce qui accentue leur sentiment de déclassement.
Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a reconnu récemment que les enseignants n’étaient pas assez rémunérés, notamment en milieu de carrière, un constat qui vient renforcer les frustrations des professionnels du secteur. Les statistiques internationales montrent que, contrairement à d’autres pays, les enseignants français stagnent dans leur progression salariale, ce qui ne fait qu’aggraver la situation.
Dans ce climat tendu, la grève du 29 septembre est un appel vibrant à la prise de conscience des enjeux auxquels font face les enseignants. Alors que les mobilisations se multiplient, la profession espère que cette journée marquera un tournant vers une reconnaissance tant attendue.