Idées reçues sur les grains de beauté : ce que vous devez savoir pour votre santé

Le cancer de la peau, et plus particulièrement le mélanome, est une maladie qui suscite de nombreuses interrogations. La dermatologue Dr Marie-Estelle Roux, membre du Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues (SNDV), s’attaque à quelques idées reçues qui pourraient mettre en danger la santé des patients.

EN BREF

  • Le mélanome peut apparaître sans transformation d’un grain de beauté.
  • Les personnes à la peau noire peuvent également développer des mélanomes.
  • Une autosurveillance régulière de sa peau est essentielle pour déceler des anomalies.

Le mélanome se développe à partir des cellules mélanocytaires, qui sont responsables de la pigmentation de l’épiderme. Si ce cancer est détecté trop tard, il peut devenir très agressif et entraîner des métastases, ce qui complique considérablement la prise en charge des patients. En effet, le nombre de cas a été multiplié par cinq en trois décennies, souvent à cause d’une exposition excessive au soleil, particulièrement durant l’enfance.

Contrairement à certaines croyances, dans 80 % des cas, le mélanome n’émerge pas d’un grain de beauté préexistant. « Le plus souvent, une tache noire ou pigmentée apparaît à un endroit où il n’y avait rien auparavant. Elle progresse, se déforme, et peut même saigner », explique le Dr Roux. Cette information est cruciale pour une détection précoce.

De plus, il est faux de penser que seules les personnes à la peau claire sont à risque. Les individus à la peau noire ou foncée ne sont pas épargnés. En réalité, le mélanome peut se développer sur des zones moins pigmentées, comme la paume des mains ou la plante des pieds, qui sont particulièrement à risque. « Sur ces zones, des mélanomes très agressifs peuvent se former. Il est donc essentiel de surveiller les lésions qui ne guérissent pas », souligne la dermatologue.

Une autre idée reçue concerne les appareils de bronzage. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé leur utilisation comme cancérogène. « Ces appareils émettent uniquement des UVA, qui pénètrent profondément dans la peau et endommagent l’ADN des cellules », précise le Dr Roux. L’exposition graduelle au soleil, en revanche, est moins nocive, car la lumière naturelle possède plusieurs longueurs d’onde bénéfiques. Il est important de noter qu’aucun produit, comme le bêta-carotène ou l’autobronzant, ne protège des coups de soleil.

La dermatologue insiste sur l’importance de l’autosurveillance. « Inspectez régulièrement votre peau en recherchant une tache qui ne ressemble à rien d’autre et qui apparaît soudainement », conseille-t-elle. Il n’est pas nécessaire de consulter un dermatologue chaque année, étant donné la difficulté à obtenir des rendez-vous. Cependant, les personnes à risque doivent être particulièrement vigilantes.

Les facteurs de risque incluent un phototype clair (1 ou 2), plus de 50 grains de beauté, des antécédents personnels ou familiaux de mélanome, ainsi que des coups de soleil survenus durant l’enfance. Le dermatologue peut alors évaluer la fréquence nécessaire des contrôles. Les médecins généralistes peuvent également examiner la peau, et des services de télé-expertise sont désormais disponibles pour faciliter la prise en charge.

Enfin, le SNDV met en garde contre les « centres de dépistage » qui s’appuient sur l’intelligence artificielle pour diagnostiquer le cancer de la peau. « L’IA peut être un outil d’aide, mais sans l’expertise d’un dermatologue, elle ne peut pas interpréter correctement les résultats ni garantir une prise en charge adéquate. Cela pourrait même engendrer une augmentation de l’anxiété et des interventions chirurgicales inutiles », conclut le Dr Roux.

Dans un contexte où la sensibilisation au cancer de la peau est primordiale, il est essentiel de s’informer auprès de sources fiables. Prendre soin de sa peau et être conscient des risques potentiels sont des mesures précieuses pour prévenir le mélanome.