Intérim en hausse malgré la montée du chômage : un choix de flexibilité pour les jeunes

Les récentes statistiques de l’Insee, publiées ce mercredi 13 mai 2026, révèlent une réalité préoccupante : le taux de chômage en France a atteint 8,1 %, son plus haut niveau en cinq ans, avec une hausse de 0,2 point au premier trimestre. Ce chiffre, qui marque une augmentation de 0,7 point sur un an, contraste avec les données optimistes de France Travail, qui avaient évoqué une baisse de 2,4 % des chômeurs. Toutefois, cette dichotomie révèle une tendance inquiétante : le recours accru aux contrats courts, notamment l’intérim.

EN BREF

  • Le taux de chômage en France atteint 8,1 % en mai 2026, un pic de cinq ans.
  • Les jeunes privilégient les contrats temporaires, majoritairement des missions d’intérim.
  • Des tentatives de régulation des contrats courts n’ont pas abouti, exacerbant la précarité.

Dans les rues, le phénomène est palpable. À 22 ans, Simon, en quête d’une stabilité professionnelle, a déjà accumulé plusieurs missions d’intérim. « J’ai travaillé dans une agence de tri, une recyclerie, et même en tant que maçon », explique-t-il. Pour lui, ces missions de courte durée offrent une flexibilité qu’il apprécie. « Je n’ai pas envie d’être bloqué par un emploi stable, je ne sais pas encore ce que je veux faire vraiment », confie-t-il.

De même, Dany, 29 ans et conducteur d’engins, témoigne de sa préférence pour l’intérim. « Pour l’instant, ce sont des contrats à la semaine qui pourraient évoluer vers des contrats mensuels », affirme-t-il. Selon Dany, cette forme d’emploi lui procure une liberté et des avantages, notamment les primes de fin de mission, représentant 10 % de sa rémunération totale.

Cependant, cette réalité n’est pas sans défis. Mohamed, ancien salarié en CDI, a troqué sa stabilité pour l’intérim, affirmant que « tout va bien ». Mais tous ne partagent pas cet avis. Par exemple, Mohamed Ali, 20 ans, enchaîne les contrats courts chez Stellantis et a déjà connu des mésaventures. « J’ai été blessé à cause d’une visseuse et je n’ai pas été payé pendant ma convalescence », relate-t-il. Les jours non travaillés, souvent dus à des ruptures d’approvisionnement, ne sont pas rémunérés pour les intérimaires, ce qui engendre une précarité supplémentaire.

Le marché de l’emploi temporaire, bien que stable à 15 % en France, montre une autre facette : la difficulté de trouver un logement décent. Léo, 31 ans, a quitté Paris pour le Pays Basque et, en raison de la tension sur le marché immobilier, a dû recourir à des astuces pour rassurer les propriétaires. « J’ai utilisé mes anciennes fiches de paie de Paris pour obtenir un logement », explique-t-il. Une situation qui illustre les compromis que certains doivent faire pour s’installer.

Un autre témoignage, celui de Moustapha, 44 ans, témoigne des défis persistants de l’intérim. « J’ai enchaîné les petits boulots depuis dix ans sans jamais obtenir de CDI », déclare-t-il. À l’instar d’Alain, 54 ans et intérimaire depuis 2003, la quête d’un emploi stable devient de plus en plus difficile. « Je n’ai plus de propositions depuis un an », confie-t-il, illustrant ainsi la précarité qui s’installe dans le quotidien de nombreux intérimaires.

Les partenaires sociaux ont tenté de négocier des régulations autour de ces contrats, mais les discussions ont échoué le mois dernier. D’un côté, les syndicats réclamaient une meilleure régulation, tandis que les organisations patronales souhaitaient davantage de flexibilité, comme la suppression de la période de carence entre deux contrats. Cette impasse souligne la complexité de la réalité du travail temporaire en France.

Si la part des emplois temporaires en France demeure stable, la situation est différente dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, où le travail temporaire est mieux régulé. En France, la spécificité réside dans la durée des contrats, où un quart des CDD signés sont inférieurs à deux mois, contre seulement 11 % en moyenne en Europe.

Face à cette situation préoccupante, il est essentiel de repenser le modèle de l’intérim et des contrats courts afin de garantir une meilleure protection des travailleurs, tout en tenant compte des besoins de flexibilité du marché.