À quelques semaines des élections législatives en Russie, l’opposition pacifiste subit un coup dur. Lundi, la Cour suprême de Russie a décidé d’annuler l’enregistrement de la liste de candidats du parti libéral Iabloko, le seul à défendre ouvertement l’arrêt du conflit en Ukraine. Cette décision a été annoncée par le juge Viatcheslav Kirillov, qui a déclaré que « les demandes d’annulation de l’enregistrement » avaient été acceptées.
EN BREF
- Iabloko, dernier parti antiguerre en Russie, exclu des élections législatives.
- Le jugement a été rendu à la suite d’une contestation d’un parti nationaliste pro-Kremlin.
- Le leader du parti, Nikolaï Rybakov, prévoit de faire appel de cette décision.
Cette décision de la Cour suprême intervient dans un contexte où Iabloko espérait mesurer l’opposition à la guerre par le biais des urnes. Le parti fait face à un environnement hostile, avec la plupart des opposants à Vladimir Poutine emprisonnés, exilés ou décédés. Rybakov a exprimé sa volonté de continuer à lutter pour la paix, affirmant que « notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix ».
Suite à l’annonce du jugement, une centaine de sympathisants du parti, principalement des jeunes, se sont rassemblés devant la Cour suprême, scandant des slogans de mécontentement tels que « Honte ! Honte ! ». Rybakov a déclaré que le parti avait l’intention de contester cette décision, soulignant que « un long chemin nous attend » et que la mission principale reste de « mettre fin aux morts et ramener la paix ».
Malgré ses aspirations, Iabloko ne bénéficie que d’un faible soutien électoral. Un sondage réalisé plus tôt cette année indiquait que le parti ne recueillait que 3 % des intentions de vote, bien en dessous du seuil de 5 % nécessaire pour obtenir des sièges à la Douma. Néanmoins, le parti observe une mobilisation parmi les jeunes Russes, qui se montrent de plus en plus critiques à l’égard des restrictions sur Internet et de la propagande gouvernementale.
Selon un sondage du mois de juin réalisé par l’institut Levada, désigné comme « agent de l’étranger » par les autorités, 64 % des personnes interrogées étaient favorables à des négociations de paix avec Kiev, tandis que 29 % préféraient la poursuite des combats. Ces chiffres révèlent une fracture au sein de la société russe concernant le conflit en Ukraine.
Iabloko, fondé après l’effondrement de l’URSS, a longtemps été associé à un courant libéral pro-occidental. Cependant, il n’est plus représenté à la Douma depuis les élections de 2007. Pour ces législatives, le parti a reçu le soutien de figures de l’opposition en exil, dont Ioulia Navalnaïa, veuve d’Alexeï Navalny, décédé en prison en 2024, tous deux classés comme « extrémistes » en Russie.
En plus de ces défis, Iabloko est confronté à des poursuites contre plusieurs de ses membres. Rybakov a récemment déclaré qu’une quarantaine de militants étaient sous le coup de poursuites judiciaires. Huit membres d’Iabloko, dont Maxime Krouglov, adjoint de Rybakov, sont actuellement en détention. Ce dernier a été condamné à sept ans de prison pour avoir diffusé des « fausses informations » sur les forces russes.
La situation actuelle rappelle la fragilité de l’opposition en Russie et souligne les défis auxquels font face ceux qui osent s’opposer à la politique de Poutine. Alors que les élections approchent, l’absence de voix antiguerre pourrait avoir des conséquences durables sur l’avenir politique du pays.