Une idée largement répandue affirme que les humains avalent en moyenne huit araignées par an pendant leur sommeil. Ce chiffre, qui circule depuis des décennies, suscite souvent un mélange de dégoût et d’incrédulité. Cependant, derrière cette statistique effrayante se cache une réalité bien différente, fondée sur des principes scientifiques.
EN BREF
- Le mythe des huit araignées avalées par an est infondé scientifiquement.
- Les araignées fuient les humains, percevant ces derniers comme des prédateurs.
- Ce mythe provient probablement d’une blague sur la propagation des fausses informations.
La science est sans équivoque : l’idée que l’on avale des araignées durant notre sommeil est tout simplement fausse. En réalité, les humains endormis représentent tout ce qu’une araignée cherche à éviter. Les vibrations causées par la respiration, le rythme cardiaque et même la chaleur corporelle constituent des signaux d’alerte majeurs pour ces créatures. Rod Crawford, conservateur des arachnides au Burke Museum de Seattle, souligne que les araignées perçoivent un humain endormi comme un prédateur de grande taille, les incitant à fuir plutôt qu’à s’approcher.
Pour qu’une araignée puisse finir dans la bouche d’un humain, plusieurs conditions improbables doivent être réunies. En plus de devoir grimper sur le visage, elle devrait franchir des lèvres souvent fermées, et ce, au moment précis où la personne avale. Les probabilités de cet événement sont astronomiquement faibles. De plus, un ronfleur produit des vibrations allant de 50 à 100 décibels, un bruit suffisant pour faire fuir même les araignées les plus intrépides.
Plusieurs spécialistes, dont Bill Shear, ancien président de l’American Arachnological Society, affirment qu’aucune étude scientifique n’a jamais documenté un cas d’araignée avalée pendant le sommeil. Une analyse de la revue Scientific American en 2014 a révélé que la statistique des huit araignées ne repose sur aucune donnée mesurée ou observation en laboratoire. Il s’agit d’une pure invention.
Les araignées domestiques, que l’on trouve souvent dans nos maisons, ne partent pas à l’aventure sur le visage des humains. Elles tissent plutôt leurs toiles pour capturer leurs proies. Une étude dans le Journal of Arachnology a également montré que ces arachnides évitent activement les sources de dioxyde de carbone, un gaz que nous expirons en permanence pendant notre sommeil. Cela constitue un répulsif naturel pour elles.
Si l’on imagine même le scénario le plus improbable d’une araignée se retrouvant sur un oreiller, le réflexe de déglutition ne se déclenche pas sans stimulation. Pour qu’une araignée provoque cette réaction, elle devrait toucher le fond de la gorge, ce qui réveillerait immédiatement la personne avant d’en arriver là.
La genèse de ce mythe est tout aussi intrigante. Selon les recherches, il pourrait être attribué à Lisa Holst, une chroniqueuse qui aurait écrit dans les années 1990 un article dans le magazine PC Professional. Dans ce texte, elle aurait inclus la statistique des huit araignées pour démontrer la facilité avec laquelle les fausses informations se propagent. Son intention était de sensibiliser le public, mais le résultat a dépassé ses attentes. L’information a été reprise et diffusée à grande échelle, notamment via des chaînes d’e-mails et, plus tard, sur les réseaux sociaux.
En 2024, un sondage YouGov aux États-Unis a révélé que 60 % des adultes croyaient encore à cette légende. Le mythe des araignées avalées illustre parfaitement les biais cognitifs : il suscite un sentiment de dégoût et s’appuie sur un chiffre précis, ce qui lui confère une apparence de crédibilité. Sa véracité est difficile à vérifier, car il se déroule dans le sommeil de chacun.
Ce phénomène montre comment des croyances fausses peuvent se transmettre de génération en génération. Les gens répètent ces histoires sans prendre le temps de les remettre en question. Ainsi, la prochaine fois qu’un proche évoque les huit araignées avalées, vous serez en mesure de corriger cette idée reçue avec des arguments scientifiques solides. En réalité, ce sont les araignées qui ont plus à craindre que nous, et non l’inverse. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, en sachant que les araignées évitent de se retrouver dans un estomac humain.