Dans un contexte économique où le Livret A ne propose qu’un faible taux d’intérêt de 2,4 %, de nombreux Français se tournent vers des solutions d’investissement plus attractives. Parmi celles-ci, le bail à cheptel, un dispositif ancien mais peu connu, offre des rendements allant jusqu’à 6 % par an. Ce mécanisme, qui permet à des particuliers de financer des vaches laitières, séduit chaque mois une centaine de nouveaux investisseurs. Voici un aperçu de son fonctionnement et des raisons de son regain d’intérêt.
EN BREF
- Le bail à cheptel permet d’investir dans des vaches pour un rendement de 6 % par an.
- Ce dispositif, inscrit dans le Code civil, est peu connu en France mais courant à l’étranger.
- Il aide les éleveurs à développer leur activité sans recourir à l’endettement bancaire.
Un mécanisme ancien mais efficace
Le bail à cheptel, qui remonte à l’époque napoléonienne et était déjà pratiqué au Moyen Âge, consiste à ce qu’un investisseur achète une vache, laquelle est ensuite utilisée par un éleveur pour produire du lait ou des veaux. En contrepartie, l’éleveur verse un loyer mensuel à l’investisseur, tout en conservant la propriété de l’animal. Ce dispositif permet aux éleveurs de développer leur troupeau sans avoir à s’endetter, une problématique récurrente dans le secteur agricole.
La société Elevage et Patrimoine, installée dans l’ouest lyonnais, est pionnière dans la commercialisation de ce produit depuis 1972. Son offre phare, MyMarguerit, repose sur la collaboration de plus de 5 000 investisseurs et d’un millier d’éleveurs à travers la France.
Des avantages concrets pour les éleveurs
À Beaupont, dans l’Ain, Justine Chêne, 34 ans, dirige un élevage de 160 bêtes. Sur ses 90 jeunes laitières, 40 sont financées par des particuliers via MyMarguerit. En reprenant son exploitation en 2021, elle a économisé 200 000 euros grâce au bail à cheptel. Ce mécanisme a permis d’augmenter sa production de lait de 350 000 à 650 000 litres par an sans avoir à contracter de nouveaux crédits.
Un des atouts majeurs de ce dispositif est son mécanisme de renouvellement naturel. Les vaches louées mettent bas, et les veaux femelles aident à rembourser partiellement le loyer. Justine précise : « Pour les 40 vaches louées, on rend quatre génisses par an en théorie », tout en ajoutant qu’elle préfère régler comptant.
Un rendement attractif pour les investisseurs
Le coût d’une génisse est d’environ 2 300 euros, avec un loyer de 28 euros par mois versé par l’éleveur. L’engagement s’étend sur dix ans, renouvelable, avec un rendement annuel estimé à 6 %. À titre comparatif, le Livret A plafonne à 2,4 %, tandis que les assurances-vie classiques ne dépassent généralement pas 3 %. Les investisseurs peuvent ainsi bénéficier d’un rendement deux à trois fois supérieur à celui des placements traditionnels.
En cas de décès de l’animal, celui-ci est remplacé, et si l’éleveur rencontre des difficultés, l’investisseur récupère l’animal. Ce cadre réglementaire rassure de nombreux investisseurs, qui voient dans le bail à cheptel un moyen de diversifier leurs placements tout en soutenant le secteur agricole.
Le profil des investisseurs est varié, et MyMarguerit attire chaque mois une centaine de nouveaux clients. Ces épargnants recherchent un placement tangible, loin des fluctuations des marchés financiers. Ils apprécient également de savoir exactement où va leur investissement : dans un pré, et non dans un algorithme.
Alors que les épargnants réfléchissent à l’avenir de leurs placements classiques, le bail à cheptel se présente comme une solution innovante et concrète. Vos investissements, en effet, « broutent de l’herbe, produisent du lait et font des petits » — littéralement.