À l’occasion de la rentrée scolaire, les professeurs ont pris leurs fonctions ce lundi 31 août, quelques jours avant le retour des élèves. Parmi eux, Madeleine de Jessey, professeur de lettres en classe préparatoire, s’inquiète du niveau de français de ses étudiants, qu’elle juge préoccupant. Dans son ouvrage intitulé L’école des illettrés: réapprendre à lire et à écrire, publié chez Albin Michel, elle met en lumière un phénomène qui touche non seulement les quartiers défavorisés, mais aussi les milieux plus privilégiés.
EN BREF
- Madeleine de Jessey alerte sur la baisse du niveau en français dans l’éducation.
- Les méthodes pédagogiques actuelles nuisent à l’apprentissage des élèves.
- Elle appelle à une sensibilisation des parents sur leur rôle dans l’éducation linguistique.
Dans une interview accordée à RMC, elle souligne que même dans les classes préparatoires, des lacunes en grammaire, en orthographe et en culture littéraire sont de plus en plus fréquentes. « Ces difficultés devraient être impensables à ce stade de leur formation », déclare-t-elle. Elle pointe du doigt la numérisation des cours, notamment l’utilisation de tablettes et de tableaux numériques, qui, selon elle, nuisent à l’engagement des élèves.
La France, ayant choisi de suivre le modèle suédois en matière de numérisation scolaire, distribue des tablettes aux élèves. Cependant, alors que la Suède a fait marche arrière face aux résultats décevants de cette initiative, la France persiste, conduisant à des dépenses publiques considérables. « Ces distributions de tablettes, c’est une gabegie », insiste Madeleine de Jessey, qui critique également le remplacement des tableaux traditionnels par des outils numériques.
Elle met également en cause l’utilisation de supports de cours polycopiés, qui, selon elle, nuisent à l’apprentissage. « Dès les petites classes, les polycopiés font moins écrire les élèves. Or, c’est en écrivant que la syntaxe s’imprègne », explique-t-elle. Dans ses classes, elle a interdit l’utilisation des ordinateurs pour la prise de notes, privilégiant l’écriture manuelle, qui favorise la mémorisation.
Un appel à l’action pour les parents
Pour inverser cette tendance, Madeleine de Jessey appelle à une réforme profonde. Elle insiste sur le rôle crucial des parents dans l’éducation de leurs enfants. « Il y a une sensibilisation insuffisante de leur mission essentielle. Il ne faut pas tout attendre de l’école », affirme-t-elle. Elle suggère que les parents doivent parler davantage à leurs enfants, notamment pendant les repas, et limiter leur exposition aux écrans.
En outre, elle préconise de revenir à des méthodes pédagogiques éprouvées, en s’appuyant sur les recommandations du Conseil scientifique de l’éducation nationale. Elle déplore que les enseignants ne soient pas formés aux méthodes efficaces, ce qui impacte directement la qualité de l’enseignement. « L’Éducation nationale doit reprendre la main sur la formation de ses professeurs », conclut-elle.
Il est impératif d’agir rapidement pour éviter que les générations futures ne soient condamnées à des lacunes qui pourraient compromettre leur avenir. La maîtrise de la langue française, comme le dit Madeleine de Jessey, est un enjeu fondamental pour l’émancipation des élèves.