La situation des maraîchers en France est devenue critique après un été particulièrement difficile. Les canicules et la sécheresse ont non seulement mis à mal les récoltes, mais ont également entraîné une hausse significative des prix des fruits et légumes. Sébastien et Patricia Prel, maraîchers à Vitré, expriment leur désespoir : « C’est la pire année que nous ayons vécue depuis nos débuts. »
EN BREF
- Les maraîchers subissent des pertes drastiques à cause de la sécheresse.
- Les prix des fruits et légumes ont fortement augmenté sur le marché.
- Certains producteurs envisagent d’arrêter leur activité face à ces difficultés.
Les témoignages de Sébastien et Patricia ne sont pas isolés. De nombreux agriculteurs ressentent les effets dévastateurs des températures élevées et du manque d’eau. Les récoltes de tomates, poivrons, concombres et haricots ont été particulièrement touchées. « Sur les 40 000 plants de poireaux, nous en avons perdu au moins 70 % », précisent-ils, soulignant l’ampleur des dégâts.
Cette situation a des répercussions notables sur le marché. Les clients ont du mal à trouver leurs produits habituels, et ceux qui réussissent à dénicher des fruits et légumes doivent souvent faire face à des prix exorbitants. Selon l’Insee, les prix des tomates, courgettes et aubergines ont augmenté de 13 % par rapport à l’année précédente. À Nantes, certaines tomates se vendent jusqu’à 8 euros le kilo.
Une pénurie alarmante sur le marché
Un rapport de Que Choisir révèle que les légumes de saison sont les plus touchés par cette inflation, affichant une hausse de 17 % sur un an, tandis que les fruits n’augmentent que de 2 %. La situation est d’autant plus préoccupante que certains producteurs constatent des pertes de rendement allant jusqu’à 50 % pour les artichauts, en raison des incendies et des canicules.
Régis Chevallier, président de la Fédération des maraîchers nantais, souligne que la question de la pénurie de produits est tout aussi préoccupante que la hausse des prix. « Si vous n’avez pas de marchandise, vous ne bénéficiez pas de la hausse », explique-t-il. Les négociations pour les prix en grandes surfaces se font longtemps à l’avance, rendant la situation encore plus difficile pour les producteurs.
Les pommes de terre subissent également les conséquences de la sécheresse. Une estimation du NEPG indique que la récolte mondiale pourrait atteindre 20,7 millions de tonnes en 2026, contre 27,75 millions de tonnes en 2025. La sécheresse a limité le grossissement des tubercules, même avec irrigation.
Des maraîchers au bord du gouffre
Dans un contexte où les coûts de production ne cessent d’augmenter, certains maraîchers, comme Philippe Giraudet de Challans, expriment leur frustration. Malgré une hausse des prix pour certains produits, les charges restent identiques. « Les rendements étaient plus faibles, mais les coûts sont restés les mêmes », déplore-t-il. Face à une telle pression, Philippe envisage de stopper son activité : « Encore un an et j’arrête. Trop de contraintes, trop de difficultés, pas assez d’aides. »
Cette décision n’est pas isolée. Xavier Rêve, un autre maraîcher, partage le même sentiment. Après une saison désastreuse, il déclare : « Quatre tonnes de légumes se sont évaporées. Cela représente entre 12 000 et 15 000 euros de pertes. »
Les maraîchers sont donc confrontés à une remise en question de leur modèle d’exploitation. Régis Chevallier évoque la nécessité de construire des serres et de créer des réserves d’eau, une démarche longue et coûteuse. « Il faut espérer qu’il pleuve pour qu’il y ait de la mâche à Noël », conclut-il, illustrant bien l’incertitude qui pèse sur l’avenir de leur métier.
La situation actuelle des maraîchers souligne la fragilité d’un secteur agricole de plus en plus soumis aux aléas climatiques. La capacité d’adaptation de ces producteurs sera mise à rude épreuve dans les mois à venir, alors que les défis s’annoncent de plus en plus nombreux.