Les risques nucléaires en Ukraine : Tchernobyl et Zaporijia sous surveillance

La menace nucléaire continue d’inquiéter l’Europe, quarante ans après l’explosion de la centrale de Tchernobyl. Les répercussions de cet événement tragique, marqué par la propagation d’une pollution toxique, persistent dans les mémoires. Aujourd’hui, la situation en Ukraine, notamment autour de la centrale de Zaporijia, demeure préoccupante, mais des experts estiment que le risque d’une catastrophe similaire à celle de 1986 est très limité.

EN BREF

  • Les réacteurs modernes de Zaporijia présentent moins de risques qu’en 1986.
  • La sécurité des anciennes centrales a été renforcée depuis l’accident de Tchernobyl.
  • Greenpeace met en garde sur l’état de confinement de Tchernobyl suite à des attaques récentes.

Selon Ludovic Dupin, directeur de l’information à la Société française d’énergie nucléaire (Sfen), le risque d’une nouvelle explosion à Zaporijia est inexistant. Les réacteurs de cette centrale, désormais à l’arrêt, sont des modèles VVER qui fonctionnent à l’eau pressurisée, contrairement aux anciens réacteurs à graphite qui, eux, pouvaient provoquer des emballements thermiques. Cela signifie que même en cas de montée en pression, la production d’énergie se régule automatiquement.

Cependant, le refroidissement des réacteurs reste essentiel. Si l’alimentation électrique est interrompue, le système de refroidissement peut faillir, entraînant un risque de fusion du cœur du réacteur. Denis Oster, ingénieur en radioprotection à l’IPHC, souligne que cette surchauffe pourrait générer des gaz susceptibles d’endommager l’enceinte de confinement, entraînant une libération de radioactivité.

Les événements passés, tels que l’accident de Fukushima en 2011, rappellent l’importance de la sécurité. À Zaporijia, les nouvelles enceintes de confinement, conçues comme des bunkers, offrent une protection renforcée par rapport aux structures de 1986. Daniel Heuer, directeur de recherche émérite au CNRS, ajoute que même en cas d’accident, les conséquences seraient limitées, car la puissance des réacteurs modernes n’est pas suffisante pour provoquer des dégâts majeurs.

À Tchernobyl, la situation est plus complexe. Le site, aujourd’hui sous une enveloppe de béton et d’acier, a subi des attaques de drones qui ont compromis certaines protections. Greenpeace alerte sur l’état dégradé de cette enceinte, qui pourrait ne pas résister en cas d’effondrement. Ludovic Dupin fait remarquer que la matière radioactive, si elle venait à se disperser, pourrait affecter une vaste zone autour de la centrale, touchant potentiellement des centaines de kilomètres, incluant l’Ukraine et la Biélorussie.

Face à ces menaces, des mesures préventives ont été mises en place depuis 1986. Des pastilles d’iode sont désormais distribuées aux habitants proches des sites nucléaires sensibles pour prévenir les risques de cancers liés à une exposition à l’iode radioactif en cas d’accident. Ces efforts témoignent de l’évolution des protocoles de sécurité, même si les inquiétudes demeurent quant à la situation actuelle.

En somme, bien que le risque d’une nouvelle catastrophe nucléaire à Zaporijia soit jugé faible par les experts, le passé de Tchernobyl rappelle l’importance de rester vigilant face aux dangers nucléaires. La protection des populations et la sécurité des installations doivent continuer à être des priorités pour éviter que l’histoire ne se répète.