En France, les variations du montant de l’impôt sur le revenu d’une ville à l’autre peuvent être surprenantes. Certaines communes affichent des chiffres si bas qu’ils en semblent presque irréels. Chaque année, la Direction générale des finances publiques (DGFiP) publie des données fiscales qui, lorsqu’elles sont croisées avec les statistiques de l’INSEE sur les revenus déclarés, révèlent un classement inattendu.
EN BREF
- Huit villes françaises figurent parmi les moins imposées sur le revenu.
- Garges-lès-Gonesse est la commune où l’impôt moyen est le plus faible, à 780 €.
- La majorité des foyers dans ces villes sont non imposables.
Le montant de l’impôt sur le revenu est fonction du revenu fiscal de référence de chaque foyer, et non de la ville elle-même. Toutefois, certaines communes, caractérisées par des populations à revenus modestes, influencent énormément la moyenne. En 2024, le montant moyen d’impôt sur le revenu par foyer fiscal imposé en France métropolitaine s’élevait à environ 4 690 €. Dans ce contexte, certaines villes affichent des montants bien en dessous de cette moyenne.
Le classement des villes les moins imposées révèle des disparités significatives. Parmi les huit premières, toutes se situent sous la barre des 2 000 €, et certaines même en dessous de 1 000 €. Ces chiffres s’expliquent par la structure socio-économique locale : une forte proportion d’ouvriers, de retraités aux petites pensions ou de travailleurs à temps partiel.
Les villes du classement
En 8ᵉ position, nous retrouvons Roubaix (Nord), avec un impôt moyen sur le revenu d’environ 1 920 €. Le taux de pauvreté dans cette ville dépasse les 44 %, l’un des plus élevés de France. En 7ᵉ position, Mulhouse (Haut-Rhin) affiche un impôt moyen de 1 840 €. Cette ville, bien que située dans un bassin d’emploi tendu, voit ses revenus médians stagner depuis dix ans.
Calais (Pas-de-Calais) occupe la 6ᵉ position avec un impôt moyen de 1 780 €. La ville portuaire souffre d’une désindustrialisation et d’un chômage structurel élevé, avec un revenu médian par unité de consommation inférieur de 30 % à la moyenne nationale.
À la 5ᵉ position, Béziers (Hérault) déjoue les clichés du Midi prospère avec un impôt moyen de 1 650 €. Avec un revenu médian de 15 800 € par an et par unité de consommation, la ville se trouve 25 % en dessous de la moyenne nationale. La crise viticole et le vieillissement de la population ont profondément impacté son tissu fiscal, avec près d’un habitant sur trois étant retraité.
Perpignan (Pyrénées-Orientales) suit à la 4ᵉ position avec un impôt moyen d’environ 1 520 €. Le département est souvent cité pour la faiblesse de l’épargne de ses habitants et un taux de chômage dépassant les 14 %.
La 3ᵉ position revient à Denain (Nord) avec un impôt moyen de 1 280 €. Cette commune de 20 000 habitants a subi la fermeture de ses hauts fourneaux dans les années 1980 et affiche un revenu médian de 13 200 € par an, avec un taux de pauvreté frôlant les 47 %.
En 2ᵉ position, Grigny (Essonne) démontre que l’Île-de-France n’est pas synonyme de hauts revenus. Avec un impôt moyen de 1 050 €, cette commune de 30 000 habitants présente un taux de pauvreté de 45 % et un revenu médian stagné à 12 500 €.
Enfin, la ville de Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise) se distingue comme la commune où l’impôt moyen est le plus bas, à environ 780 €. Environ 60 % des 16 000 foyers fiscaux de la commune ne paient pas d’impôt. La population y est jeune, avec un revenu médian de 12 100 €, soit 40 % de moins que la moyenne nationale.
Une fracture urbaine
Ce classement met en lumière une fracture urbaine qui sépare les centres métropolitains prospères de leurs périphéries déclassées. En 2024, 16,8 millions de foyers fiscaux français n’étaient pas imposables, représentant environ 43 % du total. Dans les villes de ce classement, ce taux grimpe souvent au-dessus de 55 %. Cette concentration de foyers non imposables crée un effet de cumul qui masque les véritables disparités fiscales nationales.
La question de la richesse en France mérite également d’être posée. Avec un seuil de « richesse » établi à environ 3 860 € nets par mois pour une personne seule, de nombreux habitants de ces villes semblent en être très éloignés. Surprise, l’endroit où l’on paie le moins d’impôt sur le revenu se situe à un quart d’heure du périphérique parisien.