Le discours critique à l’égard de Vladimir Poutine ne cesse de se renforcer, notamment par la voix de ceux qui ont été proches du pouvoir. Mikhaïl Kassianov, ancien Premier ministre de Russie de 2000 à 2004, est l’une de ces figures qui, depuis son limogeage, n’hésite pas à dénoncer la guerre en Ukraine. Dans un entretien accordé à l’AFP, il a exprimé ses inquiétudes et ses critiques sur la stratégie de Poutine face à la situation en Ukraine.
EN BREF
- Mikhaïl Kassianov critique la décision de Poutine d’envahir l’Ukraine en 2022.
- Il prédit un hiver difficile pour l’Ukraine et appelle à une pression accrue sur le Kremlin.
- Kassianov estime que Poutine est plus vulnérable qu’il ne le laisse paraître.
Lors de la conférence organisée par l’association française « Russie-Libertés », Kassianov a qualifié l’invasion de l’Ukraine d’erreur majeure que Poutine ne semble pas capable d’admettre. Selon lui, le président russe a été trompé par ses services de renseignement, qui lui ont fait croire que l’Ukraine était affaiblie et incapable de résister à une attaque militaire. Cette perception erronée a mené à une escalade militaire que Kassianov juge catastrophique.
Le politicien de 68 ans, qui vit désormais en exil à Riga après avoir quitté la Russie en 2022, a aussi mis en lumière les conséquences économiques de la guerre. Il a noté que l’augmentation des prix du pétrole, directement liée au conflit entre les États-Unis et l’Iran, conforte Poutine dans sa position. Cette dynamique pourrait permettre au Kremlin de poursuivre ses efforts militaires sans concessions.
« Poutine se frotte les mains », a-t-il déclaré, soulignant que le président russe est convaincu de gagner cette guerre d’usure contre l’Ukraine. Kassianov a averti que la guerre ne se terminerait pas avant 2027, prévoyant un hiver particulièrement difficile pour les Ukrainiens, qui subissent déjà des frappes intensifiées ciblant leurs infrastructures civiles.
Dans ses propos, il a appelé les pays occidentaux à agir de manière coordonnée pour faire pression sur le Kremlin. Kassianov a spécifiquement demandé la fourniture urgente de systèmes d’interception de missiles Patriot à l’Ukraine, afin de contrer les attaques russes. Selon lui, cette aide est cruciale pour soutenir le pays face à l’agression continue.
En discutant de l’état d’esprit des Russes face à la guerre, Kassianov a affirmé que, bien que la majorité des citoyens souhaitent la fin du conflit, leurs opinions divergent quant à la manière dont cela devrait se produire. Certains espèrent une victoire, d’autres une défaite de Poutine, tandis qu’une catégorie souhaite simplement que la guerre cesse, peu importe les conséquences.
Il a également mis en garde les pays occidentaux contre la peur excessive qu’ils pourraient ressentir face aux menaces de Poutine, notamment celles liées à l’utilisation de l’arme nucléaire. « La plus grande erreur des Occidentaux, c’est d’avoir peur de Poutine », a-t-il affirmé devant un public attentif. Kassianov a insisté sur le fait que le président russe n’est pas aussi puissant qu’il le prétend et qu’il utilise la peur comme un outil de manipulation.
Pour conclure, Kassianov a décrit Poutine comme un « provocateur » qui cherche avant tout à obtenir le respect des autres nations. Selon lui, la stratégie du Kremlin repose sur la création d’une image de force, alors qu’en réalité, il craint la réaction de la communauté internationale. L’ancien Premier ministre continue de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers que représente la guerre actuelle et appelle à une action collective des pays occidentaux pour mettre fin à ce conflit.