Le 13 avril 2026, des milliers d’avocats se sont mobilisés à travers la France dans le cadre d’une vaste opération dénommée « justice morte ». Cette manifestation a pour but de s’opposer fermement au projet de réforme de la justice criminelle proposé par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui inclut l’instauration d’un « plaider-coupable » en matière criminelle.
EN BREF
- Des milliers d’avocats dans plusieurs villes de France manifestent contre une réforme judiciaire.
- Le projet de loi introduit une procédure de « plaider-coupable » pour les affaires criminelles.
- Un sondage révèle que 73 % des Français soutiennent la réforme en matière criminelle.
À Paris, près du Sénat, où le projet de loi doit être examiné dans la soirée, des avocats en robe noire et quelques magistrats ont exprimé leur désaccord avec des drapeaux et des pancartes, dans une ambiance festive. La réforme envisagée prévoit une procédure de « plaider-coupable » qui nécessiterait l’accord de toutes les parties impliquées. La peine infligée ne pourrait dépasser les deux tiers du maximum encouru. Dans ce cadre, une audience publique d’homologation, sans témoins ni experts, devrait se dérouler en une demi-journée, une durée nettement inférieure aux deux à trois jours requis pour un procès criminel traditionnel.
Christophe Bayle, président de la Conférence des bâtonniers, a exprimé ses craintes quant à cette réforme. Il a souligné que le « plaider-coupable » pourrait réduire le droit des victimes à être entendues, rappelant que la mobilisation sociétale récente autour des violences faites aux femmes avait été alimentée par la voix des victimes. Bayle a déclaré : « C’est parce que la voix des victimes a été entendue que la société a su se mobiliser. » Cette assertion met en lumière les enjeux sociétaux et juridiques soulevés par la réforme proposée.
À Lille, Philippe Simonneau, bâtonnier, a fait part de ses préoccupations concernant la nécessité pour les victimes de se relater leurs expériences douloureuses et de se confronter à leurs agresseurs. Il a indiqué que, même si cela représente un défi, il est essentiel de maintenir l’oralité des débats. De leur côté, les avocats de Grenoble ont procédé à un blocage symbolique des procédures existantes de « plaider-coupable » pour les délits, qui sont en place depuis une vingtaine d’années, appelant au renvoi de toutes les affaires sauf celles urgentes.
Les manifestations ont également reçu le soutien d’élus locaux, comme le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, et le sénateur Hussein Bourgi, tous deux issus du Parti socialiste. Sophie Mazas, avocate à Montpellier et présidente de la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault, a averti du risque que les victimes soient poussées à renoncer à leur droit à un procès public, un point de vue partagé par plusieurs participants aux rassemblements.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a tentativement appelé à un consensus, critiquant les opposants de la réforme pour leur manque de propositions concrètes. Un sondage Ifop a révélé que 73 % des Français seraient favorables à une condamnation rapide des auteurs ayant reconnu les faits, par opposition à un procès traditionnel devant la cour d’assises. Toutefois, certains avocats, comme Louis Degos, bâtonnier du barreau de Paris, ont plaidé pour une audience plus structurée, avec des témoins et des experts, afin de garantir la solennité du procès.
Alors que le projet de loi devrait passer sans difficulté au Sénat, dominé par des représentants de la droite et du centre, son parcours à l’Assemblée nationale, prévu pour fin juin, s’annonce plus complexe. La députée LFI Andrée Taurinya a d’ores et déjà promis de s’engager dans la lutte, en déposant un maximum d’amendements pour supprimer les mesures qu’elle juge néfastes pour la démocratie.