En Suisse, le sirop contre la toux à base de codéine fait face à une pénurie alarmante qui dure depuis plusieurs mois. Dans certaines pharmacies, les étagères restent désespérément vides. Ce manque de disponibilité a conduit à la création de solutions alternatives, comme des préparations maison, qui soulèvent de sérieuses inquiétudes parmi les professionnels de santé et les familles. L’article de Blick met en lumière les implications de cette situation préoccupante.
EN BREF
- Le sirop à la codéine est en rupture de stock depuis mars 2025 en Suisse.
- Des consommateurs se tournent vers des préparations maison, augmentant les risques de surdosage.
- La pénurie entraîne une flambée des prix sur le marché noir, atteignant des sommets.
Le sirop à base de codéine, largement utilisé pour traiter la toux sèche, était prescrit sous ordonnance en raison de son effet calmant sur le réflexe de toux. Malgré son efficacité, son potentiel d’abus était bien connu. La codéine, une substance dérivée du pavot, agit comme un opioïde, provoquant une sensation de détente et d’euphorie. La situation a radicalement changé en septembre 2024, lorsque la production du principe actif a été stoppée suite à une inondation en Autriche, laissant le marché suisse sans ce médicament essentiel.
Le laboratoire Gebro Pharma AG a indiqué que les derniers flacons de sirop ont été vendus en mars 2025, et les stocks sont désormais épuisés depuis juin 2025. Martin Güttinger, le PDG de la société, a déclaré : « Nous avons vendu les derniers lots de ce médicament en mars 2025. » Les pharmacies attendent un retour de l’approbation par Swissmedic, mais la situation reste incertaine.
La pénurie a conduit certains consommateurs à se tourner vers des alternatives dangereuses. De nombreux utilisateurs créent leurs propres mélanges à partir de comprimés ordinaires, une pratique risquée qui peut entraîner des dosages imprévisibles. Dominique Schori, du Centre d’information sur les drogues à Zurich, souligne les dangers potentiels de ces préparations maison, qui peuvent provoquer des surdoses et des effets secondaires graves.
Les habitudes de consommation évoluent également. Jonas, un ancien utilisateur du « Lean », une boisson euphorisante à base de sirop de codéine, témoigne d’une consommation devenue plus rare, mais aussi plus risquée. Sur le marché noir, le prix d’un flacon a explosé, passant de 100 francs à des montants pouvant atteindre 1 000 francs, voire 10 000 francs pour des sirops importés des États-Unis. Cette inflation des prix rend l’accès à ce médicament plus difficile tout en favorisant la création de mélanges imprécis et potentiellement dangereux.
En plus de son utilisation contre la toux, la codéine est un antalgique qui agit sur le système nerveux central. Son usage hors cadre thérapeutique est préoccupant, avec des effets recherchés tels que la sédation et l’euphorie. Dans son témoignage, Jonas révèle avoir frôlé la surdose et évoque le décès d’un ami, illustrant les risques associés à l’utilisation non surveillée de ce médicament.
La durée prolongée de la rupture de stock de sirop codéiné met en évidence la fragilité d’une chaîne d’approvisionnement pharmaceutique. Les autorités sanitaires soulignent la nécessité de relancer la production sous des normes strictes pour permettre un retour en pharmacie, tout en garantissant la sécurité des usagers. Pendant cette période d’incertitude, la vigilance est essentielle pour les consommateurs et leur entourage. Tout signal inhabituel ou tentative de préparation maison doit être pris au sérieux. Les professionnels de santé sont des ressources précieuses pour fournir des conseils et un soutien face à ces situations à risque.
Cette situation critique soulève des questions sur la régulation et la gestion des usages détournés des médicaments. Elle met en lumière l’importance de renforcer les mesures de contrôle et d’éducation pour limiter la circulation de produits non encadrés, tout en protégeant la santé des individus concernés.