Tour de France Femmes : un médecin alerte sur le syndrome de la vulve touchant 80 % des coureuses

Le cyclisme féminin de haut niveau est confronté à un problème de santé intime largement méconnu. Lors de l’édition 2026 du Tour de France Femmes, un médecin de l’équipe Cofidis a révélé que près de 80 % des coureuses pourraient souffrir du « syndrome de la vulve de la cycliste ». Cette affection, liée aux longues heures passées sur la selle, peut entraîner des douleurs, des gonflements et des modifications de la position sur le vélo, perturbant ainsi l’entraînement et la compétition. Toutefois, il semble que ce chiffre mérite d’être nuancé à la lumière des connaissances scientifiques actuelles.

EN BREF

  • 80 % des cyclistes professionnelles pourraient souffrir du syndrome de la vulve de la cycliste.
  • Les douleurs peuvent perturber l’entraînement et diminuer la concentration.
  • Un réglage adéquat du vélo est crucial pour prévenir ces problèmes de santé.

Lors d’une étape ou d’une session d’entraînement intensif, une cycliste professionnelle peut passer plusieurs heures sur son vélo. Le périnée subit alors de manière répétée la pression de la selle, ainsi que des frottements et de l’humidité. Ces contraintes peuvent entraîner des atteintes variées, telles que des irritations, des lésions cutanées et des douleurs.

Une étude qualitative publiée en 2026 dans Frontiers in Sports and Active Living a interrogé 20 cyclistes de compétition et a confirmé que les problèmes liés à la selle sont fréquents, notamment dans la région vulvaire. Les participantes ont rapporté la pression, les frottements et la transpiration comme des facteurs aggravants. Cependant, le « syndrome de la vulve de la cycliste » se réfère plus spécifiquement à un lymphœdème vulvaire, qui se manifeste par un gonflement chronique, parfois unilatéral, d’une grande lèvre.

Matthieu Muller, gynécologue et médecin de l’équipe Cofidis, a souligné que ce chiffre de 80 % est basé sur son estimation personnelle et non sur une étude épidémiologique exhaustive. En conséquence, il est incertain que huit cyclistes sur dix soient effectivement touchées par ce syndrome. En revanche, la littérature scientifique indique que 39 à 89 % des cyclistes féminines signalent des problèmes liés à la selle, une catégorie qui englobe des affections plus larges que le seul syndrome de la vulve de la cycliste.

Ces symptômes n’affectent pas seulement le corps, mais peuvent également avoir un impact mental. La cycliste française Flavie Boulais a partagé son expérience en déclarant : « On ne pense qu’à ça », soulignant comment la douleur peut la distraire durant une course. De plus, Cecilia Clair a décrit un phénomène en cascade, où la douleur unilatérale peut amener à modifier la position sur la selle, entraînant d’autres douleurs au dos, aux genoux ou aux cervicales.

Les chercheurs ont noté que des douleurs liées à la selle pouvaient altérer le plaisir de faire du vélo et réduire la fréquence et la durée des sorties. Ce problème n’est pas nouveau. En 2002, des médecins belges avaient déjà documenté des cas similaires dans le British Medical Journal, décrivant des cyclistes de haut niveau présentant des gonflements dus à une pratique intensive. Ces athlètes parcouraient en moyenne 462,5 kilomètres par semaine.

Les chercheurs avaient alors proposé plusieurs mécanismes potentiels, tels que des inflammations répétées qui pourraient endommager les vaisseaux lymphatiques. Une publication française de 2018 avait également rapporté des cas similaires chez une jeune cycliste, mettant en lumière les traumatismes répétés liés à la selle.

Il serait réducteur de blâmer uniquement la selle. La morphologie de la cycliste, sa position sur le vélo, la largeur et la forme de la selle, ainsi que le volume d’entraînement, sont autant de facteurs qui peuvent influencer l’apparition de ces douleurs. Un réglage approprié du vélo devient donc essentiel. Une selle inadaptée ou une position qui exerce trop de pression sur les tissus mous peut favoriser l’inconfort.

Les recherches commencent à explorer l’ergonomie des selles. Une étude de 2026 impliquant 50 femmes souffrant de pathologies vulvaires chroniques a évalué plusieurs modèles de selles ajourées, associées à des conseils de positionnement. Les résultats ont montré une diminution des difficultés liées au vélo pour 70 % des participantes, bien que cette population ne soit pas directement comparable à celle des cyclistes professionnelles.

La problématique dépasse la simple recherche de confort. Pendant longtemps, les douleurs vulvaires dans le sport ont été un sujet délicat. Considérer ces symptômes comme une conséquence « normale » de la pratique sportive risque de retarder leur prise en charge. Il est crucial de consulter un médecin en cas de gonflement persistant, de douleur importante, ou de modification inhabituelle de la vulve.

Les formes chroniques du syndrome peuvent nécessiter une intervention chirurgicale, mais cela doit être décidé après un diagnostic médical approfondi. Il est essentiel de ne pas présenter la chirurgie comme une solution systématique pour toutes les douleurs liées à la selle.

En somme, la prise de conscience de cette affection et la recherche de solutions adéquates sont primordiales pour le bien-être des cyclistes féminines. Un dialogue ouvert sur ces problématiques pourrait contribuer à améliorer la santé et les performances des athlètes sur le long terme.