Pourquoi le prix du lait va augmenter : entre coûts de production et négociations

Alors que les consommateurs font face à une hausse généralisée des prix, il est désormais inévitable de s’attendre à une augmentation du prix du lait. Cette situation découle d’une mécanique bien rodée dans le secteur laitier, où éleveurs et industriels se retrouvent à la table des négociations chaque année à l’approche de la rentrée scolaire.

EN BREF

  • Les prix du lait vont augmenter à cause de la hausse des coûts de production.
  • Les éleveurs et les industriels s’affrontent lors des négociations annuelles.
  • Une aide gouvernementale est demandée pour soutenir les producteurs.

Chaque année, à la rentrée, les éleveurs, réunis au sein d’organisations de producteurs, négocient avec des coopératives ou des industriels privés tels que Lactalis, Danone ou Savencia. Ces négociations sont cruciales, car elles déterminent la rémunération des éleveurs pour l’année à venir et servent de base à d’autres discussions entre industriels et grande distribution, qui commencent généralement en décembre.

Malgré un mécanisme qui a jusqu’ici favorisé la filière laitière, la situation a commencé à se détériorer début 2026. Les éleveurs et les industriels dénoncent avec force les tentatives de la grande distribution de pratiquer des promotions sur le lait, ce qui nuit à leur rentabilité. Récemment, la polémique sur le prix d’une brique à 80 centimes a fait les gros titres, mettant en lumière les tensions entre les acteurs du secteur.

En 2025, la collecte de lait en France a atteint un volume record de 23,5 milliards de litres, et le prix payé aux éleveurs a également augmenté pour se fixer à 496 euros pour 1 000 litres de lait conventionnel. Cependant, cette même année a aussi été marquée par une baisse significative des prix du beurre, qui avaient atteint des sommets auparavant. Les industriels, craignant une « menace de surproduction », ont commencé à faire planer le risque de baisses supplémentaires des prix payés aux éleveurs.

Ce climat déjà tendu a été exacerbé par les récents événements au Moyen-Orient, entraînant une flambée des coûts de production. Les prix du gazole, des emballages et de l’énergie nécessaires à la production laitière ont subi une forte augmentation. En conséquence, les prix payés aux éleveurs ont chuté de près de 50 euros, atteignant 448 euros pour 1 000 litres en juillet.

Par ailleurs, la période estivale a apporté son lot de défis. Les chaleurs extrêmes ont affecté la santé des vaches, entraînant une baisse de 1,3 % de la collecte de lait en juin, suivie d’une légère stabilisation en juillet. À cela s’ajoute l’inquiétude concernant les fourrages, dont la pousse cumulée était inférieure de 39 % à la moyenne de référence au 10 septembre. Les éleveurs commencent à puiser dans leurs réserves de fourrage, craignant que les indemnisations de l’État ne soient pas à la hauteur des besoins.

Actuellement, le prix payé aux éleveurs est inférieur à 440 euros pour 1 000 litres, tandis que les coûts de production continuent d’augmenter. Selon la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), il manque environ 100 euros par 1 000 litres pour garantir une rentabilité saine. La FNPL appelle donc à une aide gouvernementale de 300 euros par vache et à une revalorisation des prix par les industriels.

Pascal Lebrun, éleveur et président des coopératives laitières, a alerté la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur la situation financière précaire des coopératives, qui doivent continuer de collecter et transformer le lait. De même, François-Xavier Huard, PDG de la Fédération nationale des industries laitières (Fnil), a souligné que les marges étaient trop faibles pour envisager une revalorisation des prix. Tous s’accordent sur un point : la distribution et les consommateurs devront accepter une hausse des prix « de quelques centimes » pour permettre aux éleveurs de continuer leur activité.