À partir de ce mardi 15 septembre, l’ancien cadre du Modem Rémy Daillet-Wiedemann, âgé de 60 ans, se retrouve devant le tribunal correctionnel de Paris. Il est accusé d’avoir orchestré un réseau d’ultradroite impliqué dans des actions violentes, dont l’enlèvement de la jeune Mia Montemaggi, une affaire qui a choqué la France.
EN BREF
- Rémy Daillet et quinze complices jugés pour enlèvement et complot.
- Affaire liée au mouvement ultradroite et à des actions violentes.
- L’enlèvement de Mia Montemaggi était un test pour des projets plus larges.
Le procès, qui se déroulera sur trois semaines, met en lumière un groupuscule d’ultradroite, soupçonné d’avoir planifié des actions destinées à renverser le gouvernement en place. Quinze personnes âgées de 28 à 74 ans comparaissent pour des chefs d’accusation tels que l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, ou encore la séquestration. Ces individus sont suspectés d’avoir participé à des opérations violentes, telles que des projets nommés « Azur », « Alsace » ou « Mia », visant à déstabiliser l’État.
Rémy Daillet, qui vivait en Malaisie avant son expulsion en 2021, est accusé d’avoir structuré un réseau clandestin ultradroite depuis l’automne 2020. Profitant de la crise sanitaire liée à la Covid-19 et des tensions générées par le mouvement des Gilets jaunes, il appelait sur sa chaîne YouTube, suivie par 35 000 abonnés, à l’instauration d’un « État fort » et au renversement pacifique ou violent du gouvernement.
Les activités du groupuscule ne se limitaient pas à la propagande. Elles comprenaient également des projets d’attaques contre des loges maçonniques, des « restitutions » d’enfants sous protection sociale et des tentatives de prise de contrôle de médias. Des personnalités telles que Jacques Attali et Édouard Philippe figuraient parmi les cibles des membres du groupe, qui prônaient un châtiment public pour les « gauchistes » et les journalistes.
Daillet, père de onze enfants, a su rassembler des individus aux profils variés autour de lui. Parmi ses proches collaborateurs, se trouvent Adrien B., responsable de la propagande, et plusieurs anciens militaires, dont un candidat aux législatives sous l’étiquette du Rassemblement National. Ensemble, ils auraient planifié de faire converger des groupes armés vers Paris pour prendre d’assaut l’Élysée et Matignon, tout en développant des recettes pour des explosifs artisanaux.
Le groupuscule a également été actif dans des actes de sabotage, tels que la destruction d’antennes-relais 5G. Ce type d’action était présenté comme un entraînement pour des opérations plus sérieuses. La notoriété de Daillet s’est accrue en novembre 2020, lorsque des supporters ont manifesté leur soutien en taguant des murs avec son nom, et en tentant d’attaquer une gendarmerie.
L’affaire a pris un tournant dramatique en avril 2021, lorsque la jeune Mia, âgée de 8 ans, a été enlevée par des membres du groupe. Cette opération, financée par Daillet à hauteur de 3 000 euros, a finalement conduit à la libération de l’enfant cinq jours plus tard. Cet enlèvement a été présenté comme un test pour évaluer la cohésion des groupes de combat en préparation d’un coup d’État futur.
Qualifié par ses sœurs de « raté » et de « pervers », Daillet semble parfois déconnecté de la réalité, affirmant dans une vidéo qu’il conseillait des dirigeants mondiaux comme Donald Trump et Vladimir Poutine. Selon Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, son « profil de gourou » illustre les dérives sectaires qui se sont intensifiées durant la pandémie.
Me Dylan Slama, avocat de Daillet, a déclaré que son client aborde le procès avec « sérénité » et espère que celui-ci permettra de dissiper les fantasmes entourant sa personne.
Ce procès représente un moment crucial pour comprendre l’ampleur des mouvements ultradroite en France et les implications de leurs actions sur la société. Parallèlement aux débats juridiques, il soulève des questions plus larges sur la radicalisation et les conséquences des discours complotistes sur des groupes vulnérables.