Renommage du CPF : vers une restriction des choix pour les travailleurs ?

Le Compte personnel de formation (CPF), dispositif phare des réformes professionnelles des derniÚres années, est sur le point de subir un changement de nom, devenant Compte professionnel de formation. Cette évolution, annoncée par le ministre du Travail, soulÚve des inquiétudes quant aux implications pour la liberté des usagers.

EN BREF

  • Le CPF sera renommĂ© Compte professionnel de formation.
  • Les syndicats craignent une restriction des choix de formation.
  • Des modifications budgĂ©taires prĂ©cĂ©dentes avaient dĂ©jĂ  limitĂ© l’accĂšs aux droits de formation.

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a rĂ©cemment expliquĂ© que ce changement de terminologie vise Ă  renforcer le lien entre les formations suivies et les besoins du marchĂ© de l’emploi. Il a dĂ©clarĂ© : « Le P de CPF, nous voulons le changer de personnel en professionnel ». Cette initiative soulĂšve des prĂ©occupations parmi les syndicats, qui craignent une diminution de la libertĂ© de choix des travailleurs en matiĂšre de formation.

En effet, le ministĂšre a prĂ©cisĂ© que la libertĂ© de choisir une formation sera « prĂ©servĂ©e », mais qu’il sera dĂ©sormais demandĂ© aux titulaires du CPF de prĂ©ciser leur projet professionnel Ă  travers un questionnaire automatisĂ© avant chaque mobilisation de leur compte. Cette mesure vise Ă  vĂ©rifier la cohĂ©rence entre les formations demandĂ©es et les aspirations professionnelles des usagers.

Cette validation prĂ©alable des formations constitue un changement significatif par rapport aux pratiques actuelles. Le CPF, qui a succĂ©dĂ© aux droits individuels Ă  la formation (DIF) en 2015, a Ă©tĂ© conçu pour offrir aux travailleurs une plus grande autonomie dans la gestion de leur parcours professionnel. Il a Ă©tĂ© crĂ©ditĂ© en euros depuis la loi de 2018, permettant aux usagers d’accĂ©der Ă  leurs droits via l’application Mon compte formation.

Actuellement, les salariĂ©s Ă  temps partiel ou plein peuvent bĂ©nĂ©ficier d’un crĂ©dit de 500 euros par an, avec un plafond fixĂ© Ă  5 000 euros. Bien que ce systĂšme ait favorisĂ© une augmentation du nombre de formations suivies, il a Ă©galement attirĂ© des acteurs peu scrupuleux dans le secteur.

Le sénateur Emmanuel Capus a récemment recommandé de développer des co-financements pour garantir la pertinence des formations par rapport aux besoins des secteurs professionnels. Cette idée vient en réponse aux inquiétudes croissantes concernant la qualité des formations proposées.

Muriel PĂ©nicaud, ancienne ministre du Travail, a exprimĂ© son opposition Ă  cette rĂ©forme en qualifiant le projet de M. Farandou de « recul sur la dĂ©mocratisation, sur la libertĂ©, sur l’émancipation ». Elle souligne que la formation doit ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un investissement pour l’avenir, tant pour les individus que pour la sociĂ©tĂ©.

Les restrictions budgĂ©taires imposĂ©es en 2026 avaient dĂ©jĂ  limitĂ© l’accĂšs Ă  certaines formations, notamment en plafonnant les droits mobilisables et en restreignant le financement du permis de conduire exclusivement aux chĂŽmeurs. L’augmentation du reste Ă  charge pour les usagers tĂ©moigne Ă©galement de cette tendance Ă  restreindre l’accĂšs aux droits de formation.

Face Ă  ces Ă©volutions, la CFDT a dĂ©noncĂ© une « remise en cause profonde d’un droit fondamental » et a mis en garde contre une vision utilitariste de la formation professionnelle, qui risquerait de nĂ©gliger le dĂ©veloppement des compĂ©tences et des aspirations des travailleurs.

Pour Julie Vignaux, PDG de Learnation Group, il est essentiel de reconnaĂźtre que la formation a une valeur Ă  long terme. En reliant les besoins de formation Ă  des attentes immĂ©diates, on risque de restreindre les possibilitĂ©s d’Ă©volution pour les travailleurs.

Le ministÚre du Travail a également annoncé son intention de renforcer les exigences pédagogiques des formations par le biais de la certification Qualiopi, une mesure qui pourrait influencer la qualité des offres de formation accessibles.

Alors que la discussion autour de ces changements se poursuit, il est Ă©vident que la direction prise par le gouvernement soulĂšve des questions cruciales sur l’avenir du CPF et la place des travailleurs dans le systĂšme de formation professionnelle.