Dans un contexte de désertification médicale croissante, les solutions de téléconsultation se multiplient en France. Parmi celles-ci, l’installation de cabines de téléconsultation dans les pharmacies pour permettre un accès rapide à un médecin. Cependant, une option récente à cinq euros pour « passer en priorité dans la file d’attente » suscite une vive controverse sur les réseaux sociaux.
EN BREF
- Une option payante pour doubler la file d’attente en téléconsultation fait polémique.
- Un témoignage d’une patiente soulève des questions sur l’accès équitable aux soins.
- Le PDG de Tessan promet une clarification sur le service proposé.
Ce week-end, un tweet a provoqué une vague d’indignation après qu’un internaute ait partagé une image montrant une attente estimée à 1h40 pour une téléconsultation dans une cabine Tessan. « C’est une blague ? Faire payer pour passer plus vite au médecin ? » s’interrogeait-il. Ce message a rapidement accumulé plus de 4,4 millions de vues, illustrant ainsi le mécontentement croissant face à la marchandisation de la santé.
Laura*, une patiente qui a utilisé cette option le 7 septembre 2026, explique qu’elle n’avait d’autre choix que de se tourner vers une pharmacie, ne disposant pas de médecin traitant dans sa région d’Ille-et-Vilaine. Après une attente initiale de 1h à 1h20, elle a décidé de payer les cinq euros pour réduire son temps d’attente à seulement 15 minutes. « Je me suis demandé : est-ce que je suis une pigeonne à ce point ? » confie-t-elle, tout en reconnaissant qu’elle regrettait ce choix, qu’elle considère comme une forme de « privatisation de la santé à l’état pur ».
En France, une téléconsultation est facturée 25 euros, contre 30 euros pour une consultation classique chez un médecin généraliste. Actuellement, 1 600 pharmacies sont équipées par Tessan, qui a été placé en redressement judiciaire en avril 2026 pour restructurer son activité. Julien Cutolo, le PDG de l’entreprise, a reconnu une certaine maladresse dans la communication autour de ce service, en précisant que ce n’est pas un véritable coupe-file, mais un système visant à optimiser l’attente.
Il insiste sur le fait qu’il existe deux salles d’attente : l’une pour ceux qui n’ont pas pris de rendez-vous, et l’autre pour ceux qui ont opté pour le service de « e-traitant », qui propose un suivi médical en ligne. Les personnes qui choisissent de payer ne passent pas devant d’autres patients, mais sont redirigées vers des médecins disponibles dans ce cadre spécifique.
Pour apaiser les inquiétudes, Cutolo a annoncé que des modifications seraient apportées aux informations affichées sur les bornes, afin d’expliquer clairement l’utilisation des cinq euros, qui ne sont pas remboursables par l’Assurance maladie. Malgré les critiques, le PDG rappelle que ces cabines de téléconsultation répondent à un enjeu crucial d’accès aux soins dans les zones où les médecins se font rares.
Au-delà de la polémique soulevée par cette option payante, la question demeure : comment garantir un accès équitable aux soins dans un système de santé de plus en plus soumis aux logiques de marché ? Alors que des solutions comme celles proposées par Tessan se multiplient, la crainte d’une marchandisation accrue des soins semble plus que jamais d’actualité.