Transition délicate : l’Église remplace l’Inirr, suscitant inquiétudes chez les victimes

Un tournant majeur s’opère dans la lutte contre la pédocriminalité au sein de l’Église avec le remplacement de l’Instance nationale indépendante de réparation et de reconnaissance (Inirr) par une nouvelle entité, Renaître. Cette transition, qui prendra effet le 1er septembre, est marquée par une certaine méfiance de la part des victimes, soucieuses de l’avenir de l’accompagnement qui leur est proposé.

EN BREF

  • Création de Renaître pour remplacer l’Inirr, en place depuis 2021.
  • Les victimes expriment des craintes sur l’efficacité et l’indépendance de la nouvelle instance.
  • Le pape Léon XIV rencontrera des victimes de violences sexuelles le 27 septembre à Lourdes.

L’Inirr, mise en place en 2021 suite à un rapport révélant l’ampleur des abus sexuels au sein de l’Église, a reçu au total 1 924 demandes de réparation depuis mars 2022. Son rôle était crucial pour offrir une réponse aux victimes, notamment en apportant une reconnaissance symbolique et financière, pouvant aller jusqu’à 60 000 euros.

Marie Derain de Vaucresson, présidente de l’Inirr, a exprimé sa fierté quant aux réalisations de l’instance, qui a permis d’accompagner près de 160 personnes lors de son mandat. Toutefois, le rythme des demandes avait connu des fluctuations, augmentant notamment de 35 % l’année dernière, en raison de la médiatisation de plusieurs affaires touchant l’Église.

Le 31 août marque donc la fin d’un cycle pour l’Inirr, qui ne prendra plus de nouvelles demandes mais continuera d’assister les dossiers en cours pendant une période de dix-huit mois. À partir du mois de septembre, les victimes devront se tourner vers Renaître, une structure promise par les évêques français, qui a suscité des réactions mitigées.

La Conférence des évêques de France (CEF) a assuré que Renaître maintiendrait l’accompagnement des victimes, en garantissant son indépendance. Les nouvelles cellules d’écoute, présentes dans chaque diocèse, devraient orienter les victimes vers un réseau national d’accompagnants. Malgré ces promesses, les critiques fusent. Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, a qualifié cette transition de « catastrophe », soulignant que l’Inirr représentait un organe compétent et indépendant.

Les craintes des victimes sont renforcées par des disparités potentielles dans les dispositifs mis en place dans les différents diocèses. Le nom de la nouvelle instance, Renaître, est également jugé inapproprié par plusieurs collectifs, qui craignent que ce changement ne conduise à une dilution des efforts en matière de réparation.

Le contexte de cette transition est d’autant plus chargé que le pape Léon XIV prévoit de rencontrer des victimes de violences sexuelles lors de son voyage à Lourdes le 27 septembre. Cette rencontre, qui a suscité l’intérêt de nombreuses personnes, sera limitée à un groupe restreint. Le pape souhaite écouter les récits des victimes, pour mieux comprendre leurs attentes vis-à-vis de l’Église.

Cette période de transition soulève des questions essentielles sur l’avenir de la réparation pour les victimes d’abus au sein de l’Église. La méfiance qui entoure Renaître témoigne des attentes encore non comblées et des craintes persistantes face à l’évolution de l’accompagnement des victimes. L’Église se trouve à un carrefour, où la nécessité de garantir la confiance et la transparence sera plus cruciale que jamais.