Un agriculteur japonais refuse de quitter sa ferme au cœur de l’aéroport de Narita

Dans un paysage dominé par les réacteurs des avions, un agriculteur japonais continue de cultiver ses légumes au cœur de l’aéroport international de Narita, l’un des plus importants du pays. Takao Shito, 73 ans, se bat depuis des décennies pour préserver ses terres familiales, défiant ainsi les autorités et leurs projets d’agrandissement.

EN BREF

  • Takao Shito cultive des légumes bio au milieu de l’aéroport de Narita.
  • Son refus de vendre ses terres a déclenché un conflit de plusieurs décennies.
  • Un projet d’agrandissement de l’aéroport menace désormais ses parcelles.

Situé à environ 60 kilomètres de Tokyo, l’aéroport de Narita est une plateforme de transit pour 40 millions de passagers et 250 000 vols chaque année. Pourtant, au milieu de cette activité incessante, la ferme de Takao Shito demeure, un symbole de résistance face aux forces de la modernité. Selon ses dires, « ce n’est pas une question d’argent ». Il souhaite que le monde sache qu’un agriculteur persiste à vivre et à travailler ici, même sous le bruit constant des avions.

La ferme de Takao Shito est entourée par l’aéroport, et l’accès à ses parcelles se fait principalement par des tunnels creusés sous les installations. En 2018, il confiait à l’AFP : « On s’habitue au bruit ». La terre, qu’il cultive sans pesticides, a été transmise dans sa famille depuis près d’un siècle. Son grand-père et son père ont également travaillé ces terres, et aujourd’hui, il vend ses produits à environ 400 clients à Tokyo et dans ses environs.

Le combat de Takao Shito remonte aux années 1960, lorsque le gouvernement japonais a décidé de construire un nouvel aéroport sur des terres agricoles. Son père faisait partie des agriculteurs qui s’opposaient à ce projet, et la lutte s’est intensifiée au fil des ans, entraînant des affrontements avec les forces de l’ordre. Ce conflit est considéré comme l’un des plus longs mouvements sociaux de la histoire du Japon, marquant des décennies de résistance.

En dépit des offres d’indemnisation, Takao Shito a toujours refusé de quitter sa ferme. En 2018, il a rejeté une proposition de 180 millions de yens, soit environ 1,69 million de dollars, qu’il considérait comme insuffisante pour l’inestimable valeur de sa terre. Son obstination s’inscrit dans une longue tradition de propriétaires fermement attachés à leurs terres, face aux bulldozers et aux projets d’infrastructures.

En février 2023, la situation s’est intensifiée lorsque la police anti-émeute a dispersé des manifestations de soutien à Takao Shito, qui a vu ses terres encerclées par des clôtures. Malgré la pression croissante, l’agriculteur reste déterminé à poursuivre son combat. « C’est ma vie », a-t-il déclaré à CBS News en août 2023, réaffirmant son intention de ne jamais partir.

Le projet d’agrandissement de l’aéroport de Narita prévoit la construction d’une troisième piste, ce qui met en péril les terres de Takao Shito. Avec l’ambition de passer de 340 000 à 500 000 créneaux de vols par an, la société gestionnaire de l’aéroport a déjà sécurisé 88,4 % des terrains nécessaires. Toutefois, Takao Shito et d’autres agriculteurs se refusent à céder.

Cette histoire de résistance rappelle d’autres cas à travers le monde, où des individus ont défié les projets d’aménagement urbain. Takao Shito incarne ainsi un combat qui dépasse le cadre local, devenant un symbole de l’attachement à la terre et à la culture, face aux forces du changement. Sa lutte est loin d’être terminée, mais son histoire continue d’inspirer ceux qui croient en la protection de leurs racines.