À l’occasion du dixième anniversaire de l’attentat de Nice, un cycle de commémorations s’est ouvert dans la ville. Emmanuel Macron est attendu ce mardi soir pour honorer la mémoire des 86 victimes fauchées par un terroriste sur la Promenade des Anglais, un événement tragique qui a laissé des séquelles profondes chez les survivants et leurs familles. RMC a rencontré plusieurs de ces victimes, toujours marquées par le traumatisme, pour comprendre l’impact de ce drame sur leur vie quotidienne.
EN BREF
- Commémoration des 10 ans de l’attentat de Nice prévue ce mardi 14 juillet.
- Des victimes témoignent de leur traumatisme et de leur combat quotidien.
- Des questions demeurent sur la sécurité et le devoir de mémoire.
À quelques pas de la Promenade des Anglais, Cécile, l’une des rescapées, a choisi de partager son expérience dans l’intimité de son cabinet de psychologue. C’est ici qu’elle a passé de nombreuses heures à déchiffrer les souvenirs douloureux qui la hantent depuis cette terrible soirée du 14 juillet 2016. Ce soir-là, elle était avec son mari et ses jeunes enfants pour admirer le feu d’artifice.
“J’ai entendu des cris et vu mon mari se figer. En un instant, j’ai compris ce qui se passait”, raconte-t-elle. Dans un acte de désespoir, elle a pris la poussette de ses enfants et les a jetés par-dessus la barrière, espérant qu’ils atterrissent sur la plage. “C’était la seule issue possible. J’ai agi instinctivement, sans réfléchir.” Ce moment de panique l’a laissée dans un état d’éveil traumatique où tout semblait devenir noir autour d’elle.
Bien qu’elle soit physiquement indemne, Cécile demeure marquée par un profond traumatisme psychologique. Les premières heures et jours après l’attaque ont été passés dans l’obscurité de leur domicile, une période d’isolement où chaque bruit pouvait raviver des souvenirs insupportables. “Nous avons vécu des nuits blanches, hantés par des cauchemars. Même si nous avons l’air de mener une vie normale, un simple camion qui passe trop vite peut me figer sur place”, témoigne-t-elle.
La psychanalyste Brigitte Juy Erbibou, qui suit Cécile, souligne l’ampleur du traumatisme. “Beaucoup ne réalisent pas à quel point ces événements laissent des marques indélébiles. Les victimes, qu’elles soient civiles ou secouristes, portent souvent un poids invisible”, explique-t-elle.
Pour Cécile, le chemin vers la guérison passe par le rire de ses enfants, qui lui rappelle la vie et l’espoir. Elle continue de suivre des séances de thérapie, incluant l’hypnose, pour l’aider à avancer. D’autres victimes, comme Thierry et Célia, ont trouvé du réconfort dans des moments simples de partage, même si la douleur de la perte demeure présente.
Thierry a perdu sa petite-fille de 12 ans lors de l’attentat, tandis que Célia a perdu sa mère. Ensemble, ils se soutiennent dans leur cheminement, mais ressentent également une fatigue face aux nombreuses sollicitations qui accompagnent les commémorations. “Les gens nous demandent souvent de raconter notre histoire, mais après dix ans, cette répétition est épuisante”, confie-t-elle.
Les victimes expriment une colère sourde face à ce qu’elles perçoivent comme un désintérêt des institutions et une pression à montrer une résilience constante. “Je ressens une amertume en voyant les chaises réservées aux élus, tandis que celles des victimes sont en retrait”, déclare Célia, soulignant le sentiment d’abandon qui les habite.
À l’approche des cérémonies de commémoration, les victimes attendent toujours des réponses concernant la sécurisation de la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016. Les événements prévus, dont une cérémonie interreligieuse et un spectacle de drones, visent à honorer la mémoire des disparus, mais soulèvent également des questions sur la manière dont la société se souvient et soutient ceux qui ont survécu.
Alors que les commémorations se poursuivent, l’inquiétude et le besoin de vérité et de reconnaissance persistent chez les rescapés. Leurs histoires, marquées par la douleur et la résilience, sont un puissant rappel de l’impact des actes de violence sur des vies entières.