Le débat sur la vaccination contre la grippe prend de l’ampleur en France. La Haute autorité de santé (HAS) a récemment recommandé l’instauration d’une obligation vaccinale pour certains soignants, afin de protéger les populations vulnérables, notamment les personnes âgées. Cette annonce, faite le 20 juillet 2026, soulève des questions sur l’adhésion des professionnels de santé et les modalités de mise en œuvre.
EN BREF
- La HAS recommande une vaccination obligatoire contre la grippe pour certains soignants.
- Cette mesure vise à protéger les patients vulnérables, notamment en EHPAD.
- Des réticences et des difficultés d’application sont anticipées parmi les professionnels de santé.
La recommandation de la HAS intervient après une épidémie de grippe particulièrement sévère, qui a causé 12 700 décès en 2025-2026, un chiffre en baisse par rapport aux 17 900 morts de l’année précédente. La HAS souligne l’importance de cette vaccination obligatoire, justifiée par le « fardeau sanitaire » de la grippe et le « risque accru » de transmission aux patients, en particulier dans les établissements de santé.
Les enjeux de la vaccination obligatoire
L’obligation vaccinale devrait concerner en priorité les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et les unités de soins de longue durée, où la majorité des résidents ont plus de 75 ans. La HAS propose un déploiement progressif dans d’autres structures, comme les hôpitaux et les cabinets libéraux, sur une période de deux ans pour favoriser l’acceptabilité de la mesure.
Cependant, les réactions au sein de la profession sont contrastées. Ghislaine Sicre, présidente du syndicat Convergence infirmière, exprime des craintes quant à la réaction des soignants face à cette nouvelle obligation, notamment en Outre-mer, où la défiance envers l’État est marquée. Elle souligne que les conditions de travail difficiles pourraient exacerber le mécontentement parmi le personnel soignant.
Réactions des syndicats et des professionnels
De son côté, le président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), Daniel Guillerm, soutient la mesure, la qualifiant d’indispensable pour la santé publique. Il appelle à la responsabilité des soignants et à l’exemplarité dans leur pratique.
Thierry Amouroux, représentant du syndicat SNPI, rappelle que la vaccination contre la grippe a déjà prouvé son efficacité, ayant été administrée à des milliards de personnes. La Fédération hospitalière de France (FHF) considère également cette recommandation comme une avancée pour protéger les patients fragiles.
Malgré ces soutiens, l’AD-PA, qui représente les directeurs d’établissements pour personnes âgées, s’inquiète des conséquences potentielles de cette obligation sur le climat social et l’attractivité des métiers de la santé. Eric Fregona, son directeur adjoint, souligne que le timing de cette annonce est problématique, surtout après les récentes canicules qui ont mis à mal les équipes soignantes.
Un contexte législatif en évolution
La dernière loi de financement de la Sécurité sociale, votée en décembre 2025, prévoit déjà une obligation vaccinale pour les soignants libéraux, sous réserve de l’avis de la HAS. Bien que l’obligation ait été instaurée pour les soignants en 2006, elle avait été suspendue peu après par décret, ce qui soulève des questions sur la pérennité de telles mesures.
Actuellement, seulement un soignant sur cinq est vacciné dans les établissements de santé, une situation jugée insuffisante par l’Académie de médecine, qui a exprimé des inquiétudes sur le faible taux de vaccination parmi les soignants. En revanche, le taux de vaccination pour les personnes de plus de 65 ans vivant en collectivité reste élevé, atteignant 82,7 %, ce qui dépasse les recommandations de l’OMS.
Alors que la HAS maintient la recommandation de vaccination pour les personnes âgées résidant en collectivité, la question de l’obligation vaccinale pour les soignants est désormais sur la table. Ce débat va sans aucun doute continuer à susciter des discussions au sein de la profession et du grand public, alors que l’impact de la grippe sur la santé publique reste un sujet de préoccupation majeur.