Les résultats des dernières élections hongroises ont bouleversé le paysage politique. Après seize années de domination, le Premier ministre Viktor Orbán, à la tête du parti Fidesz, a été défait par le conservateur pro-européen Péter Magyar. Ce dernier et son parti, Tisza, ont remporté 138 sièges sur 199, avec 53,56 % des voix. En comparaison, le Fidesz n’a obtenu que 55 sièges avec 37,86 % des voix. Face à cette défaite, Orbán a rapidement admis un résultat « douloureux mais sans ambiguïté ». Cette défaite soulève des questions sur les méthodes parfois douteuses mises en œuvre par son gouvernement pour maintenir le pouvoir.
EN BREF
- Viktor Orbán a été battu aux élections par Péter Magyar et son parti Tisza.
- Des manœuvres controversées, incluant l’achat de voix, ont été révélées.
- Des allégations de manipulation et d’intimidation ont marqué la campagne électorale.
Dans les campagnes rurales hongroises, notamment au sein des communautés roms, le vote s’achète d’une manière inattendue. Par exemple, au lieu de distribuer des billets, des sommes modiques comme 10.000 forints (environ 26 euros), mais aussi des denrées alimentaires telles que de la farine ou du sucre, sont proposées. Selon le documentaire Le Prix d’un vote, le Fidesz aurait sécurisé entre 200.000 et 300.000 votes grâce à ces pratiques en 2022. Un organisateur impliqué a même avancé que ce chiffre pourrait doubler en 2026. En réponse, l’opposition a intensifié sa présence dans les bureaux de vote pour contrecarrer cette fraude.
En parallèle, la campagne a été marquée par des menaces de diffamation. En février, des rumeurs ont circulé au sujet d’une sextape supposée impliquant Péter Magyar, créant un climat de tension. Ce dernier a réagi en publiant une vidéo où il assume sa vie personnelle, tout en lançant un défi : « Si vous voulez qu’Orbán vous espionne dans votre chambre à coucher, votez Fidesz. » Le parti d’Orbán a répliqué en accusant l’opposition d’être derrière cette manœuvre, sans preuves concluantes pour établir un lien direct.
L’utilisation de l’intelligence artificielle a également été un élément clé de cette campagne. Des vidéos truquées circulant sur les réseaux sociaux faisaient croire que Magyar annonçait des augmentations d’impôts drastiques. Une opération d’influence bien orchestrée a été mise en place, avec des individus, comme l’analyste géopolitique français Louis Duclos, contactés pour diffuser de fausses informations contre le Tisza, moyennant compensation financière. Ce type de manipulation a créé un discours de peur autour du potentiel retour au pouvoir de Fidesz.
Dans un contexte plus large, quelques jours avant le scrutin, une tentative de sabotage d’un oléoduc en Serbie a été attribuée par Budapest à des « terroristes ukrainiens ». Ce projet, Balkan Stream, est crucial pour le transport du gaz russe et suscite des tensions politiques. Magyar a dénoncé cette manœuvre comme un incident « sous faux pavillon », insinuant qu’elle pourrait avoir été orchestrée par Orbán dans le but de galvaniser les électeurs pro-Fidesz.
Enfin, il est important de noter que la réforme des circonscriptions électorales sous le mandat d’Orbán a favorisé son parti de manière significative. Un système de « compensation du vainqueur » permet de convertir les voix excédentaires du Fidesz en sièges supplémentaires. En 2022, ce mécanisme a permis à Fidesz d’obtenir les deux tiers des sièges avec seulement 54 % des voix. Cependant, en 2026, la défaite de ce système face à un candidat promettant de démanteler l’architecture électorale d’Orbán marque un tournant dans la politique hongroise.