Leclerc, l’une des plus grandes enseignes de distribution en France, relance le débat sur la vente de médicaments dans ses supermarchés. Actuellement, la loi française réserve la vente de médicaments, qu’ils soient sur ordonnance ou non, aux pharmacies d’officine. L’enseigne, cependant, souhaite briser ce monopole, une ambition qu’elle nourrit depuis des décennies, en lançant une campagne publicitaire pour promouvoir la vente de traitements en grande surface.
EN BREF
- Leclerc souhaite vendre des médicaments sans ordonnance dans ses parapharmacies.
- La profession pharmaceutique exprime des préoccupations sur cette initiative.
- Une étude de l’Ifop révèle que 60 % des Français renoncent à acheter des médicaments en raison des prix.
Cette proposition de Leclerc suscite des réactions partagées parmi les consommateurs et les professionnels de la santé. Certains clients, interrogés par RMC, se disent favorables à cette idée, arguant que cela pourrait inciter les pharmacies à baisser leurs prix. « Moi, je suis tout à fait pour. Les pharmacies seraient obligées de tirer leur prix vers le bas », déclare un homme au micro de la station.
Cependant, cette initiative inquiète un grand nombre de pharmaciens. Youssi Bousraf, pharmacien dans une officine voisine, exprime ses réserves : « Il est impensable de vendre des médicaments, même sans ordonnance, en grande surface. » Pour lui, la vente de médicaments ne doit pas être assimilée à celle de biens de consommation courante.
Dans sa campagne, Leclerc s’appuie sur une étude de l’Ifop datant de 2023, qui révèle que 60 % des Français ont déjà renoncé à acheter des médicaments sans ordonnance en raison de leur coût. L’enseigne espère ainsi faire baisser les prix et rendre les traitements plus accessibles.
Cependant, Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, met en lumière les dangers de cette proposition. Il a exprimé ses doutes lors d’une interview sur RMC Story, soulignant que « le médicament n’est pas un bien de consommation, mais un bien de soin, sur conseils de professionnels de santé ». Selon lui, les pharmaciens jouent un rôle essentiel dans l’orientation des patients, conseillant parfois de consulter un médecin ou de suivre des conseils hygiéno-diététiques.
En outre, Pierre-Olivier Variot insiste sur le fait que la vente de médicaments en grande surface ne modifiera pas les prix. « En France, les médicaments sont les moins chers d’Europe. C’est une des raisons pour laquelle il y a une pénurie », explique-t-il, tout en critiquant Leclerc. « Si l’enseigne pouvait vendre des médicaments moins chers en Italie, pourquoi ne le fait-elle pas là-bas ? » interroge-t-il. Cette remarque soulève des questions sur la cohérence de la stratégie de l’enseigne.
Le pharmacien met également en garde contre les risques liés à cette pratique. Il évoque des pays comme la Norvège qui ont fait marche arrière concernant la vente de médicaments en grande surface. « Il faut une traçabilité du produit. Monsieur Leclerc n’arrive même pas à vendre de lasagnes sans viande de cheval ni à interdire la vente d’alcool aux mineurs », souligne-t-il, exprimant son indignation.
Il rappelle également les conséquences graves de l’automédication, notant que « la vente d’Ibuprofen a multiplié les greffes de reins par trois ». Cela souligne l’importance d’une vente encadrée par des professionnels de santé, capable d’évaluer les besoins et les risques pour chaque patient.
En 2019, l’Autorité de la concurrence avait proposé d’assouplir le monopole des pharmacies, une initiative qui avait été rapidement rejetée par le gouvernement. Ce contexte souligne les tensions persistantes autour de ce sujet sensible, où la santé publique et l’accès aux soins se croisent avec des enjeux économiques et commerciaux.
Leclerc, en mettant en avant son projet audacieux, pourrait bien ouvrir une nouvelle ère dans la vente de médicaments, mais cela ne se fera pas sans susciter des débats passionnés et des résistances au sein de la profession pharmaceutique.