Les drones russes à réaction : une nouvelle menace pour les forces ukrainiennes

Dans le cadre du conflit en cours entre la Russie et l’Ukraine, les drones ont pris une place centrale, surpassant souvent les armes traditionnelles. D’un côté, les Ukrainiens se distinguent par leur capacité d’innovation pour intercepter ces appareils sans pilote, tandis que de l’autre, les Russes ne cessent de perfectionner leurs drones pour franchir les défenses ukrainiennes. Les derniers modèles de drones Geran, équipés de moteurs à réaction, suscitent des inquiétudes croissantes à Kiev.

EN BREF

  • Les drones Geran, dérivés du modèle Shahed 136, sont produits en Russie.
  • Le Geran-3, équipé d’un turboréacteur, atteint une vitesse de 480 km/h.
  • Les drones à réaction compliquent la défense aérienne ukrainienne, nécessitant des systèmes plus coûteux.

La majorité des drones kamikazes déployés par Moscou en Ukraine sont des évolutions du modèle iranien Shahed 136, fabriqué sous licence et renommé Geran en Russie. En seulement quatre ans, ce modèle a vu naître sa cinquième version, illustrant la rapidité de son développement. Rustiques et peu coûteux comparés aux missiles balistiques, ces drones peuvent être produits en masse. Selon l’Institut for Science and International Security (ISIS), la capacité de production russe permettrait d’envoyer jusqu’à 167 drones Geran par jour sur le front ukrainien.

Depuis leur introduction, les drones Geran ont subi de nombreuses modifications pour s’adapter à l’évolution des besoins du champ de bataille. Les systèmes de guidage par satellite, la centrale inertielle et la charge utile ont tous été améliorés. Cependant, la propulsion par hélice, assurée par un moteur à pistons de 50 chevaux fabriqué par l’entreprise iranienne Oje Parvaz, est restée inchangée pendant un certain temps.

Ce n’est qu’à partir de janvier 2024 que le Geran-3 a connu une transformation majeure avec l’adoption d’un turboréacteur chinois, le Turbojet engine Telefly JT80. Cette évolution a permis au Geran-3 de devenir le premier drone à réaction, capable d’atteindre une vitesse impressionnante de 480 km/h, soit le double de celle de son prédécesseur, le Geran-2. Les versions 4 et 5 ont ensuite suivi, cette dernière étant mise en service début 2026. D’après les services de renseignement ukrainiens, le Geran-5 conserve le même moteur que le Geran-4, mais avec une poussée accrue, lui permettant de transporter une ogive de 90 kg sur une portée de 1 000 km.

Lorsque la Russie utilisait des drones à hélice, l’Ukraine parvenait à en intercepter un pourcentage alarmant, entre 92 et 96 %. Selon Serhii Flash, conseiller du ministre ukrainien de la Défense, cette efficacité est désormais compromise par la rapidité des drones à réaction. Ces derniers réduisent la fenêtre d’engagement pour les équipes de tir mobiles ukrainiennes, rendant la planification de la défense aérienne de plus en plus complexe.

Pour contrer cette nouvelle menace, l’Ukraine pourrait se voir contrainte d’investir dans des systèmes anti-aériens plus sophistiqués et coûteux. Le système Patriot, par exemple, représente une option, mais chaque missile dépasse les 3 millions de dollars, une somme conséquente qui pourrait peser lourdement sur le budget de la défense ukrainienne.

Dans ce contexte, l’évolution des technologies de drones en Russie souligne non seulement l’importance de la guerre électronique actuelle, mais aussi les défis croissants que doivent relever les forces ukrainiennes face à des adversaires de plus en plus équipés.