À Pornic, en Loire-Atlantique, Liliane, 87 ans, fait face à une situation alarmante. Locataire de son appartement depuis 36 ans, elle a reçu un courrier de la sous-préfecture de Saint-Nazaire l’informant de son expulsion prévue pour le 1er avril 2026. Cette annonce, qui semble irréelle pour cette retraitée, fait suite à un litige concernant une aide au logement qu’elle n’a plus pu reverser à ses propriétaires.
EN BREF
- Une retraitée de 87 ans risque l’expulsion après 36 ans de loyers réglés.
- Elle n’a pas pu reverser une aide au logement de 110 euros par mois.
- Les expulsions ont repris avec 175 000 commandements de payer en 2025.
La fin de la trêve hivernale, survenue le 31 mars, a rouvert la voie aux expulsions locatives. En 2025, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 175 000 commandements de payer ont été délivrés, tandis que 30 500 ménages ont été expulsés, un chiffre en hausse de 27 % par rapport à l’année précédente. Liliane se retrouve désormais dans une situation difficile, confrontée à la perspective de quitter son appartement.
« Après 36 ans, alors que je n’ai jamais volé quoi que ce soit à ces gens-là, ils me mettent dehors. Ils me prennent pour une squatteuse », déclare-t-elle, visiblement choquée par l’évolution de sa situation. Liliane ne comprend pas comment elle a pu passer du statut de bonne locataire à celui d’indésirable aux yeux de ses propriétaires.
Le litige trouve son origine dans une aide au logement de 110 euros par mois versée par la CAF. Lorsque cette aide a cessé, Liliane a cessé de la reverser à ses bailleurs, pensant qu’elle n’était plus due. La justice, de son côté, a qualifié cela de dette locative accumulée sur plusieurs années. Loin de se douter que cette situation pourrait la mener à l’expulsion, elle a commencé à emballer ses affaires, anxieuse à l’idée de devoir quitter son domicile.
« Je n’ai plus de vaisselle, je n’ai plus rien, tout est dans les cartons. Je ne vois pas où je vais aller. Bien sûr que j’ai peur de me retrouver à la rue », confie-t-elle, alors qu’elle cherche avec sa fille une solution de relogement.
La trêve hivernale interrompt les expulsions de logements occupés chaque année du 1er novembre au 31 mars, sauf dans le cas de squats. Cependant, les impayés continuent de courir durant cette période. Le 1er avril marque donc la reprise des interventions des commissaires de justice et des forces de l’ordre pour exécuter les décisions d’expulsion. Les associations de défense des droits des locataires constatent déjà une réduction des délais accordés par les juges pour des personnes en difficulté, en particulier les plus âgées comme Liliane.
Avec la loi Kasbarian-Bergé de 2023, considérée comme « anti-squat », il est devenu plus difficile d’obtenir des reports d’expulsion. Le locataire doit désormais demander explicitement le maintien de son bail et prouver un effort de paiement. Eddy Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement, met en garde contre la banalisation des expulsions, qui touchent des personnes déjà fragiles.
Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a pour objectif de rapprocher le sort des mauvais payeurs persistants de celui des squatteurs. Pourtant, en droit, un squatteur occupe un bien sans titre, alors qu’un locataire en impayé est lié par un bail avec une procédure spécifique. Sylvain Grataloup, président de l’Union nationale des propriétaires, souligne également la détresse des bailleurs, qui font face à des situations de plus en plus complexes.
Pour Liliane, la situation est tragique. Elle se retrouve à la croisée des chemins, confrontée à l’étiquette de « squatteuse », un terme qui ne reflète en rien son parcours de locataire respectueuse des règles pendant plus de trois décennies.