Le vendredi 13 octobre 2023, des avocats parisiens ont exprimĂ© leur opposition au projet de loi du garde des Sceaux, GĂ©rald Darmanin, lors d’une grĂšve marquĂ©e par de vives critiques au tribunal de Paris. Ce projet, visant Ă dĂ©sengorger les juridictions, propose notamment l’introduction d’une procĂ©dure de « plaider-coupable » pour les crimes, une mesure jugĂ©e inquiĂ©tante par de nombreux avocats.
EN BREF
- Les avocats parisiens s’opposent Ă la loi Darmanin sur la justice criminelle.
- La procédure de « plaider-coupable » suscite des craintes de justice expéditive.
- Une journĂ©e d’action nationale est prĂ©vue le 13 avril au SĂ©nat.
Ce projet de loi suscite des inquiĂ©tudes parmi les avocats, qui craignent qu’il n’instaure une justice Ă deux vitesses. La procĂ©dure de « plaider-coupable », dĂ©jĂ en vigueur pour les dĂ©lits depuis 2004, pourrait se voir Ă©tendue aux crimes, ce qui pourrait avoir des consĂ©quences dramatiques pour les droits des justiciables. Sophie Sarre, avocate et reprĂ©sentante du Conseil de l’ordre, a soulignĂ© que ce type de justice pourrait mener Ă des faux aveux et Ă un traitement prĂ©cipitĂ© des affaires.
Lors de l’audience, Mme Sarre a plaidĂ© pour une amĂ©lioration de l’accueil des victimes dans les commissariats et une rĂ©duction des dĂ©lais de traitement des enquĂȘtes, plutĂŽt que de recourir Ă des procĂ©dures expĂ©ditives. Elle a averti que ces mesures pourraient nuire tant aux victimes qu’aux mis en cause, nuançant ainsi l’argument selon lequel un traitement accĂ©lĂ©rĂ© des affaires serait bĂ©nĂ©fique.
Le barreau de Paris, reprĂ©sentant une part significative des avocats en France, a appelĂ© Ă une journĂ©e nationale d’action le 13 avril prochain, date Ă laquelle le projet de loi sera examinĂ© au SĂ©nat. D’aprĂšs Christophe Bayle, prĂ©sident de la confĂ©rence des bĂątonniers, 130 des 163 barreaux en province ont dĂ©jĂ votĂ© en faveur d’une grĂšve.
Ă Paris, les avocats ont adoptĂ© une stratĂ©gie de dĂ©marche collective, tĂ©moignant d’un engagement fort. Le prĂ©sident de la 23e chambre a mĂȘme Ă©tĂ© surpris de voir trois avocats dĂ©fendre un seul prĂ©venu, une situation inhabituelle dans le cadre des comparutions immĂ©diates. Hector Bernardini, un des avocats prĂ©sents, a Ă©voquĂ© sa douleur face Ă une justice rendue de maniĂšre expĂ©ditive, oĂč des dĂ©cisions cruciales sont prises en quelques minutes.
Des badges « Avocats en grĂšve » ont Ă©tĂ© arborĂ©s par les avocats pour marquer leur dĂ©saccord. Seydi Ba, l’un des avocats, a dĂ©noncĂ© le projet de loi comme Ă©tant « scĂ©lĂ©rat », tout en plaidant pour un client en proie Ă des problĂšmes psychiatriques et de toxicomanie. Il a demandĂ© au tribunal de ne pas le placer dans des conditions indignes, rappelant l’Ă©tat dĂ©plorable des prisons en France, qui ont dĂ©jĂ conduit Ă des condamnations internationales.
La confĂ©rence nationale des premiers prĂ©sidents de cour d’appel a exprimĂ© son inquiĂ©tude quant Ă ce mouvement d’opposition des avocats. Elle a soulignĂ© que cette situation pourrait encore alourdir le fonctionnement des juridictions, au dĂ©triment des justiciables en attente d’un jugement. Mme Sarre a mis en garde les magistrats sur les consĂ©quences d’une absence de disponibilitĂ© des avocats : « Quand il n’y aura plus de place pour les avocats, les magistrats ne rendront plus de jugement, ils ne rendront que des dĂ©cisions administratives. »
La mobilisation des avocats parisiens illustre la tension croissante autour de la rĂ©forme judiciaire envisagĂ©e par le gouvernement. Alors que le projet de loi avance, la profession juridique se prĂ©pare Ă une bataille importante pour dĂ©fendre les droits des justiciables et l’intĂ©gritĂ© du systĂšme judiciaire.