Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les prix des carburants en Europe connaissent une flambée sans précédent, avec une augmentation particulièrement marquée du gazole. Cette situation met en lumière les vulnérabilités du marché européen, fortement dépendant des importations, et soulève des inquiétudes quant à l’inflation dans divers secteurs économiques.
EN BREF
- Le gazole a subi une hausse de 32,7 % en France depuis le début du conflit.
- Le prix du gazole a dépassé 200 dollars le baril, un niveau record depuis mars 2022.
- Les tensions géopolitiques compliquent l’approvisionnement européen en gazole.
Une situation de marché tendue
Le gazole, carburant essentiel pour de nombreux secteurs, voit ses prix s’envoler dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées. Les exportations de pétrole du Golfe sont entravées par des attaques ciblant les infrastructures et le blocage du détroit d’Ormuz. Cette dynamique a pour effet de créer une pression supplémentaire sur l’approvisionnement en gazole, surtout dans un marché déjà fragilisé avant le début du conflit.
En Europe, le gazole constitue le carburant le plus consommé, représentant encore 73 % de la consommation en France et 66 % en Allemagne en 2024. Cette forte dépendance rend les pays européens particulièrement vulnérables aux fluctuations de prix. Ainsi, le coût du gazole a récemment atteint un niveau record, dépassant les 200 dollars le baril, une première depuis mars 2022, en grande partie à cause des retombées de la guerre en Ukraine.
Une hausse des prix inégale
Les données révèlent que l’augmentation du prix du gazole est bien plus significative que celle de l’essence. En France, par exemple, le prix du gazole a augmenté de 32,7 % depuis le 27 février, alors que l’essence SP95-E10 n’a vu qu’une hausse de 16,86 %. Au 30 mars, le prix moyen du gazole dans l’Union européenne était de 2,07 euros le litre, contre 1,87 euro pour l’essence.
Traditionnellement, le gazole était moins cher que l’essence. Cependant, plusieurs facteurs, dont les tensions géopolitiques et des ajustements fiscaux, ont inversé cette tendance. L’Europe, historiquement exportatrice nette d’essence, se retrouve maintenant à devoir importer du gazole, créant un déséquilibre sur le marché.
Un héritage industriel complexe
Cette situation découle d’une « dieselisation » du parc automobile européen, amorcée il y a plus de vingt ans, qui a considérablement augmenté la demande en gazole. Parallèlement, les raffineries, essentiellement conçues pour produire de l’essence, peinent à répondre à cette demande croissante. En conséquence, l’Europe se retrouve avec un excédent d’essence destiné à l’exportation, notamment vers les États-Unis et l’Afrique, tout en étant confrontée à un déficit structurel de gazole.
Avant l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie était le principal fournisseur de gazole de l’UE. Depuis, les sanctions contre Moscou ont conduit l’Europe à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment vers l’Inde, la Turquie, les États-Unis et l’Arabie saoudite. En 2025, le Moyen-Orient a fourni plus de la moitié des importations européennes de gazole, avec un tiers de ce volume transitant par le détroit d’Ormuz, un passage stratégique et désormais vulnérable.
Des solutions à court terme
Les experts soulignent que les raffineries fonctionnent déjà à plein régime, ce qui limite la possibilité d’augmenter la production. Le directeur d’une raffinerie de TotalEnergies a précisé que, malgré des ajustements, les marges de manœuvre restent très limitées. Si l’Europe peut ajuster ses exportations d’essence pour alimenter son marché intérieur, il sera plus difficile de trouver des sources alternatives pour le gazole.
Il est donc crucial pour l’Europe de trouver des solutions à court terme pour atténuer le déséquilibre. Cela pourrait inclure le report de maintenances sur les raffineries, l’utilisation des réserves stratégiques ou une baisse de la consommation. Toutefois, l’option de revenir vers la Russie pour l’approvisionnement en gazole semble exclue, compte tenu des sanctions en vigueur.
Dans ce contexte, la volatilité des prix des carburants pourrait perdurer, impactant non seulement les consommateurs, mais également l’ensemble de l’économie européenne.