Ce dimanche, les Péruviens se rendent aux urnes pour élire leur président, alors que le pays est plongé dans une crise d’insécurité sans précédent. Avec un nombre record de 35 candidats, aucun d’entre eux ne se démarque clairement, témoignant d’une instabilité politique qui perdure depuis une décennie. Le scrutin, qui se déroule dans un climat de méfiance généralisée, pourrait entraîner un second tour le 7 juin prochain.
EN BREF
- 35 candidats se disputent la présidence au Pérou, aucun n’atteignant 15% des voix.
- Plus de 90% des Péruviens expriment une faible confiance envers les institutions.
- Les homicides ont doublé depuis 2018, renforçant les préoccupations sécuritaires.
Dans un pays où le vote est obligatoire, plus de 27 millions d’électeurs sont appelés à faire leur choix. Ce vote revêt une importance particulière, car il marque le retour d’un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990. Toutefois, le climat de défiance s’est intensifié, avec un nombre alarmant de candidats ayant des antécédents judiciaires. Selon les dernières estimations, 252 candidats en lice ont été condamnés, ce qui alimente le scepticisme des électeurs.
Dans les rues de Lima, la désillusion est palpable. Maria Fernandez, commerçante de 56 ans, confie : « Je ne voterais pour personne. Je me sens tellement déçue par tous les dirigeants. » Ce sentiment est partagé par de nombreux Péruviens, avec plus de 90% d’entre eux affirmant avoir « peu » ou « aucune confiance » dans leur gouvernement et leur Parlement, selon une enquête du Latinobarometro.
Le bulletin de vote, long de 44 cm, reflète la complexité de cette élection. Parmi les candidats, Keiko Fujimori, qui se présente pour la quatrième fois, est actuellement en tête des intentions de vote, suivie de près par d’autres figures politiques comme l’humoriste Carlos Alvarez et l’ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga. Cependant, la préoccupation principale des électeurs reste l’insécurité.
Francisco Garcia, étudiant de 18 ans, souligne que « c’est de loin le sujet le plus préoccupant en raison des niveaux incroyables d’assassinats et de vols. » En effet, les statistiques révèlent que les homicides ont plus que doublé depuis 2018, atteignant environ 2 600 par an. Les plaintes pour extorsion, quant à elles, ont été multipliées par huit, alimentant un climat de peur et d’incertitude.
Cette flambée de violence est exacerbée par l’émergence de groupes criminels transnationaux, notamment des gangs venant du Venezuela. Ces organisations s’associent aux gangs locaux pour renforcer leurs activités, rendant la situation encore plus préoccupante. Dans un contexte où près de 70% des travailleurs occupent des emplois informels, la précarité contribue à l’augmentation du recrutement de jeunes par ces groupes criminels.
Les candidats, pour tenter de rassurer les électeurs, ont multiplié les propositions radicales. Certaines d’entre elles, comme la construction de prisons dans des zones reculées ou des primes pour les policiers tuant des criminels, sont jugées populistes et incohérentes par des observateurs. Keiko Fujimori a également promis d’expulser les migrants en situation irrégulière et d’attirer des investissements étrangers, s’inscrivant dans une dynamique conservatrice soutenue par des figures politiques américaines.
Pour le sociologue David Sulmont, « il existe une forte déconnexion entre l’offre politique et les attentes de la population ». La campagne électorale, selon Luis Benavente, expert en opinion publique, a manqué de profondeur, étant plutôt orientée vers des émotions que vers des propositions concrètes. Ce désenchantement général pourrait avoir des conséquences sur le taux de participation électorale, déjà impacté par un nombre significatif d’électeurs indécis.
Les bureaux de vote ouvriront à 07H00 et fermeront à 17H00, et il sera essentiel d’observer comment les Péruviens réagiront face à cette situation exceptionnelle. Le résultat de ces élections pourrait redéfinir le paysage politique du pays et les attentes des citoyens en matière de sécurité et de gouvernance.