Ă Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, un conflit Ă©clate entre la mairie et le fast-food Master Poulet. Depuis son ouverture le 11 avril dernier, l’Ă©tablissement suscite de vives rĂ©actions et un bras de fer juridique s’engage.
EN BREF
- Le fast-food Master Poulet est en conflit avec le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane.
- La mairie a ordonné la fermeture du restaurant pour ouverture sans autorisation.
- Des habitants soutiennent Master Poulet, soulignant son accessibilité et son rÎle économique.
Trois jours aprĂšs son ouverture, la municipalitĂ© a fait Ă©tat d’une fermeture due Ă une ouverture non autorisĂ©e et Ă l’installation d’une terrasse jugĂ©e illĂ©gale. Pour renforcer cette dĂ©cision, des blocs de bĂ©ton ont Ă©tĂ© placĂ©s devant le fast-food afin d’entraver l’accĂšs et la visibilitĂ© de l’Ă©tablissement. La mairie Ă©voque Ă©galement la question de la malbouffe comme justification de son opposition.
Les riverains sont partagĂ©s sur cette question. Une habitante, par exemple, dĂ©fend le restaurant en affirmant que l’odeur de friture est un atout commercial. « Quand je sens l’odeur Ă quelques mĂštres, je me dis ‘Ouh lĂ lĂ , c’est oĂč ?' » tĂ©moigne-t-elle, illustrant l’attrait des arĂŽmes pour attirer la clientĂšle. En revanche, la mairie maintient que ces odeurs sont nuisibles.
Face Ă la dĂ©cision municipale, la direction de Master Poulet a rĂ©agi en affichant des banderoles provocatrices sur leur devanture. Les messages, tels que « Karim, l’argent public n’est pas au service de ton ego » et « Comment les mairies attribuent-elles les locaux ? #MasterPoulet contre la corruption », tĂ©moignent d’un climat de tension croissante. En rĂ©ponse, la mairie a annoncĂ© son intention de porter plainte pour diffamation.
Le 18 avril, le fast-food a dĂ©cidĂ© de saisir la justice pour contester les blocs de bĂ©ton. La situation a Ă©voluĂ© lorsque le tribunal administratif de Montreuil a donnĂ© raison Ă Master Poulet, ordonnant le retrait des barriĂšres. MalgrĂ© cette dĂ©cision, le maire de Saint-Ouen n’a pas l’intention de cĂ©der. Sur Instagram, il a dĂ©clarĂ© : « Je dois faire respecter la puissance publique, nous sommes rentrĂ©s dans une bataille juridique. »
Pour maintenir la pression, la municipalitĂ© a remplacĂ© les blocs de bĂ©ton par de grands pots de fleurs, une action dĂ©noncĂ©e par l’avocat de Master Poulet, Me Sefen Guez Guez, sur les rĂ©seaux sociaux. Les habitants, eux, s’interrogent sur cette dĂ©marche. « Il y a des enseignes similaires tous les 100 mĂštres Ă Saint-Ouen, pourquoi s’en prendre Ă eux ? », s’interroge un riverain. Ce sentiment de colĂšre est partagĂ© par d’autres, qui estiment que ces fast-foods font partie de l’ADN de la ville.
L’ancienne Audonienne JoĂ«lle Dago-Serry s’exprime Ă©galement sur la question : « Je n’aime pas qu’on vienne casser les pieds Ă des gens qui entreprennent, qui crĂ©ent des emplois. » Le soutien Ă Master Poulet est Ă©galement renforcĂ© par des tĂ©moignages d’habitants soulignant l’accessibilitĂ© des prix. « Pour 7 euros, j’ai un repas complet, c’est le meilleur choix pour nous, qui sommes en alternance, » explique un jeune client.
Enfin, la France insoumise s’est jointe Ă la polĂ©mique. Le dĂ©putĂ© Eric Coquerel a accusĂ© la mairie de favoriser l’installation de restaurants destinĂ©s Ă une clientĂšle plus aisĂ©e, laissant de cĂŽtĂ© une partie de la population locale. Ce conflit soulĂšve des questions plus larges sur l’urbanisme et le commerce Ă Saint-Ouen, mettant en lumiĂšre les tensions entre les aspirations Ă©conomiques et les prĂ©occupations sociales.