Le Burkina Faso a décidé d’interdire la diffusion de la chaîne de télévision française TV5 Monde, accusée de dénommer des actes de désinformation et d’apologie du terrorisme dans la couverture des violences jihadistes dans le pays, et plus largement dans la région du Sahel. Cette décision a été prise par le pouvoir militaire, à la tête du pays depuis un coup d’État en septembre 2022.
EN BREF
- Le Burkina Faso interdit TV5 Monde pour des accusations de désinformation.
- Le Conseil supérieur de la communication cite des manquements éthiques dans le traitement de l’actualité.
- La liberté de la presse est de plus en plus restreinte dans le pays et dans la région.
Le capitaine Ibrahim Traoré, qui dirige la junte au pouvoir, a mis en avant la nécessité de garantir la souveraineté du Burkina Faso face à ce qu’il considère comme des attitudes hostiles des médias étrangers. Cette interdiction s’inscrit dans un contexte de tension accrue entre le Burkina Faso et des médias qui, selon les autorités, ne respectent pas la déontologie en matière d’information.
Depuis l’arrivée de la junte, plusieurs médias ont été suspendus pour des raisons similaires. Par exemple, le Conseil supérieur de la communication (CSC) a déjà suspendu TV5 Monde à deux reprises en 2024. Cette fois-ci, il a justifié sa décision par des manquements à la loi, notamment en ce qui concerne le traitement des attaques terroristes, en citant explicitement des événements tragiques survenus au Mali.
Le CSC a déclaré dans un communiqué que TV5 Monde était jugée « complice d’apologie d’actes terroristes » et qu’elle participait à une campagne de déstabilisation des institutions maliennes. Cette accusation fait écho à une situation de violence persistante, où le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Sahel (EIS) continuent leurs attaques meurtrières.
Les relations entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger se sont également tendues, ces pays étant désormais dirigés par des juntes militaires. Ils se sont éloignés des partenariats traditionnels, notamment avec la France, et ont cherché des alliances avec d’autres nations, comme la Russie. Cette dynamique a intensifié la méfiance envers les médias perçus comme des agents de l’influence étrangère.
Le CSC a également critiqué TV5 Monde pour avoir utilisé des images amateurs sans vérifier leur crédibilité, ce qui a contribué à alimenter la perception d’une menace contre l’armée burkinabè. La junte, tout en affirmant remporter des victoires contre le terrorisme, fait face à une insécurité croissante, avec des milliers de morts et des territoires échappant au contrôle de l’État.
La répression de la liberté de la presse s’est intensifiée, comme l’a souligné Reporters sans frontières, qui a dénoncé cette interdiction comme une restriction supplémentaire de l’espace informationnel dans un pays déjà fragilisé. Selon RSF, cette décision porte un coup considérable au droit à l’information de la population, alors que de nombreux journalistes sont enlevés et contraints à se taire.
Le climat d’insécurité a également conduit à la suspension de plus de 200 associations au Burkina Faso, aggravant ainsi l’absence de dialogue social et le respect des droits humains. Les critiques sur la gestion des droits civils se multiplient, tandis que le gouvernement est accusé d’intensifier sa répression contre la société civile.
Face à ces événements, la communauté internationale reste attentive à l’évolution de la situation au Burkina Faso, où le droit à l’information et la liberté de la presse sont de plus en plus menacés.