La cour d’assises spéciale de Paris a rendu son verdict ce jeudi concernant Emilie K., une femme ayant rejoint le groupe Etat islamique (EI) entre 2014 et 2016. Elle a été condamnée à cinq ans de prison, dont 18 mois avec sursis, pour avoir quitté la France afin de rejoindre son mari, un combattant jihadiste, en Syrie.
EN BREF
- Emilie K. condamnée à cinq ans de prison pour avoir rejoint l’EI en Syrie.
- La cour a retenu une peine avec sursis, compte tenu de son parcours depuis son rapatriement.
- Aucune activité armée ni diffusion de l’idéologie jihadiste n’ont été établies.
Âgée de 34 ans aujourd’hui, Emilie K. a passé 26 mois en détention provisoire, dont une année sous bracelet électronique. Elle effectuera les 15 mois de prison ferme restants sous ce même dispositif. Le jugement s’inscrit dans la lignée des réquisitions du parquet national antiterroriste, qui avait demandé une condamnation similaire.
Lors de l’audience, son avocate, Me Marine Boulard, a souligné que pendant son séjour en Syrie, Emilie K. n’avait ni participé à des activités armées, ni diffusé l’idéologie de l’EI. Son parcours avant son départ était décrit comme un « ancrage idéologique superficiel » et un choix motivé par une relation d’emprise avec son mari, Mohammed Tahar Tamime, qu’elle avait épousé religieusement en 2013. Son époux était parti pour la Syrie quelques semaines avant elle, sans l’informer de son projet.
La défense a mis en avant la pression psychologique subie par Emilie, qui craignait que son mari ne l’abandonne. Selon Me Michaël Bendavid, son autre avocat, elle n’a pas adhéré à l’idéologie mortifère du groupe, mais a plutôt « toléré l’intolérable » par amour. Cette nuance a été prise en compte par la cour, qui a noté l’absence de radicalité à son arrivée en détention en 2023.
Le ministère public a également évoqué le fait qu’un retour en prison pourrait démobiliser Emilie K., qui, depuis sa sortie de détention en 2024, a entrepris un suivi psychologique et a recommencé à travailler. L’accusation a reconnu que l’accusée n’avait pas joué de rôle actif au sein du groupe terroriste, étant principalement l’épouse d’un combattant. Sa décision de quitter la zone contrôlée par l’EI a été prise après la mort de son mari lors de combats à l’été 2016.
Le parcours d’Emilie K. a été marqué par des événements tragiques, notamment une fuite cauchemardesque à travers la Syrie, où elle a été victime de viol et de séquestration. Rapatriée en France en 2023 depuis la Turquie, elle avait initialement refusé de rentrer en 2020, craignant une lourde peine de 20 ans de réclusion prononcée à son encontre.
Ce jugement soulève des questions sur la gestion des revenants de l’EI et leur réintégration dans la société. Les autorités judiciaires doivent naviguer entre la nécessité de rendre justice et celle de permettre la réhabilitation de personnes ayant été exposées à des situations traumatisantes.