Face à la hausse des prix du carburant et aux craintes de pénurie, l’Union européenne prend des mesures préventives. Bien que la situation actuelle ne révèle pas de pénurie immédiate de kérosène en Europe, la Commission européenne explore des alternatives, notamment l’utilisation du Jet A, un type de kérosène produit aux États-Unis.
EN BREF
- La Commission européenne envisage l’utilisation du kérosène américain Jet A pour l’été.
- Les prix des carburants ont fortement augmenté à cause de la guerre au Moyen-Orient.
- Des mesures pour optimiser l’utilisation du kérosène seront bientôt précisées.
La situation géopolitique actuelle, marquée par la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, a entraîné une flambée des prix du carburant pour l’aviation. En conséquence, l’Union européenne assure qu’elle est préparée à faire face à d’éventuelles pénuries cet été, malgré l’absence de pénurie à ce jour.
Ce vendredi 8 mai, l’Agence de l’UE pour la sécurité aérienne (AESA) a ouvert la possibilité d’utiliser le Jet A. Ce carburant, largement utilisé aux États-Unis et au Canada, n’est pas distribué en Europe pour des raisons techniques. L’AESA a précisé que son introduction ne poserait pas de problèmes de sécurité, à condition que soit respectée une bonne gestion de la transition.
Dans le cadre de cette initiative, la Commission européenne prévoit également d’annoncer des mesures permettant aux États de mieux gérer l’utilisation du kérosène. Celles-ci incluront des recommandations sur le remplissage des avions et la répartition des créneaux aériens, afin de limiter l’impact économique de la hausse des prix.
Le gouvernement français, par l’intermédiaire du ministre de l’Économie, Roland Lescure, a tenu à rassurer le public en affirmant qu’il n’y a « aucune crainte » de pénurie en mai et juin. Il a ajouté que les risques pour les mois suivants semblent également limités.
Avant le conflit au Moyen-Orient, environ 20 % du kérosène consommé en Europe passait par le détroit d’Ormuz. La montée des prix a conduit certaines compagnies aériennes, notamment à bas coûts, à annuler des vols. Matteo Mirolo, spécialiste du transport aérien, a souligné que la crise actuelle représente davantage un défi économique qu’un problème d’approvisionnement.
Si la situation se prolonge, l’UE se prépare à d’éventuels problèmes d’approvisionnement. Dan Jorgensen, commissaire européen à l’Énergie, a évoqué la nécessité de surveiller la situation de près. La Commission a d’ailleurs récemment annoncé la création d’un observatoire du kérosène afin de suivre l’évolution des stocks et des réserves au sein des Vingt-Sept.
Actuellement, la législation européenne impose un stockage stratégique de produits pétroliers équivalent à 90 jours d’importations nettes et 61 jours de consommation intérieure. Toutefois, cette réglementation ne précise pas les types de carburant concernés, ce qui complique l’évaluation des réserves spécifiques de kérosène.
Une source à la Commission a mentionné que certains États, comme l’Irlande, pourraient être plus vulnérables en raison de leurs capacités de raffinage limitées, tandis que d’autres, comme la Finlande, semblent mieux préparés. Il existe également des préoccupations selon lesquelles certaines compagnies aériennes pourraient exploiter la crise pour réduire des liaisons moins rentables.
Dans les jours à venir, la Commission européenne précisera aux États et aux compagnies aériennes les mesures déjà en place pour garantir une utilisation efficace du kérosène tout en minimisant les coûts. Cela inclura des flexibilités concernant le « tankering », où les avions transportent plus de carburant que nécessaire pour éviter d’acheter du kérosène coûteux à un autre aéroport.
En parallèle, des ajustements sur les créneaux aéroportuaires seront envisagés, afin d’éviter que les compagnies ne soient pénalisées si elles renoncent à un créneau en raison des coûts accrus du kérosène.
Pour faire face à une possible aggravation de la situation, l’UE envisage également des mécanismes de coordination entre les États membres pour libérer des stocks d’urgence et partager le kérosène de manière volontaire.
Concernant le Jet A, bien qu’il ne soit pas utilisé en Europe en dehors des vols en provenance des États-Unis, certaines compagnies aériennes militent pour une adoption plus large dès cet été. L’AESA a levé les préoccupations de sécurité, mais a souligné qu’il était crucial d’éviter l’utilisation simultanée des deux types de carburant, afin de prévenir tout risque opérationnel.
À long terme, Bruxelles insiste sur la nécessité de développer des carburants d’aviation d’origine non fossile (SAF). L’expert Matteo Mirolo souligne que cette crise peut être l’occasion pour les États d’investir dans ces carburants alternatifs, non seulement pour des raisons environnementales, mais aussi pour renforcer la souveraineté énergétique de l’Europe.