Agathe Habyarimana, l’ex-Première dame du Rwanda, a annoncé son intention de se pourvoir en cassation suite à l’annulation par la justice française du non-lieu dont elle avait bénéficié en 2025. Cette décision a ouvert la voie à une reprise des investigations concernant son éventuelle implication dans le génocide de 1994 au Rwanda.
EN BREF
- Agathe Habyarimana conteste la reprise de l’instruction sur le génocide.
- Son avocat critique la durée de la procédure judiciaire.
- Elle pourrait saisir la Cour européenne des droits de l’Homme.
Le 6 mai dernier, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a infirmé le non-lieu qui avait été prononcé par deux juges d’instruction à l’issue de l’année précédente. Cette décision faisait suite à une demande du Parquet national antiterroriste (Pnat) et des parties civiles, qui ont plaidé pour un examen plus approfondi du dossier. L’avocat de Mme Habyarimana, Philippe Meilhac, a souligné que les mesures d’instruction pourraient prolonger une procédure déjà trop longue, estimant qu’elle dure depuis près de vingt ans.
Agathe Habyarimana, âgée de 83 ans, est la veuve de Juvénal Habyarimana, président du Rwanda dont l’assassinat le 6 avril 1994 a précipité le génocide, au cours duquel environ 800.000 personnes, principalement des Tutsis, ont été tuées. Depuis 2007, elle est visée par une information judiciaire pour complicité de génocide, une accusation portée par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).
Les associations parties civiles soutiennent qu’elle faisait partie de l’« Akazu », un cercle restreint de dirigeants hutus impliqués dans l’orchestration du génocide. En revanche, Agathe Habyarimana se présente comme une simple mère de famille, sans lien avec les affaires politiques. Les juges d’instruction avaient précédemment rejeté cette thèse, la qualifiant plutôt de « victime » de l’attentat ayant coûté la vie à son époux et à plusieurs de ses proches.
Témoin assisté depuis 2016, Mme Habyarimana n’a jamais été mise en examen, contrairement à ce que réclamait le Pnat. La décision du 6 mai n’a pas non plus conduit à une mise en examen, la chambre de l’instruction laissant cette responsabilité au magistrat instructeur, qui devra évaluer l’existence d’indices suffisants pour justifier cette mesure.
Dans son arrêt, la chambre a tenté d’établir un équilibre entre le délai raisonnable de la procédure et la nécessité de mener des investigations approfondies. Elle a reconnu la complexité des faits, ayant eu lieu à l’étranger et impliquant des protagonistes souvent âgés ou difficiles à localiser. Bien que certains actes d’instruction aient été écartés, d’autres ont été validés, comme une demande d’audition d’un journaliste ayant écrit sur le génocide et une commission rogatoire internationale adressée aux États-Unis concernant une lettre d’Agathe Habyarimana à l’ancien président Bill Clinton.
Ce pourvoi en cassation, selon les experts, pourrait être voué à l’échec. Me Rachel Lindon, avocate d’Ibuka France, a déclaré que l’argumentation de la chambre de l’instruction était précise et pertinente, soulignant que des actes supplémentaires étaient nécessaires pour faire avancer l’enquête. En revanche, Me Meilhac estime que cette poursuite est une stratégie dilatoire, visant à satisfaire les autorités françaises et rwandaises pour éviter qu’un non-lieu ne soit prononcé avant la mort de sa cliente.
Alain Gauthier, président du CPCR, a également critiqué le pourvoi, le qualifiant de manœuvre dilatoire pour retarder une éventuelle mise en examen. Ce dossier complexe continue de susciter des réactions variées, reflétant les tensions encore présentes autour du génocide rwandais.