UberEats et Deliveroo sous pression pour justifier les désactivations de livreurs

Les plateformes de livraison, telles qu’UberEats et Deliveroo, sont à présent confrontées à une exigence croissante de transparence concernant la gestion des comptes de leurs livreurs. Le 11 mai, la CFDT et Union Indépendants ont officiellement mis en demeure ces entreprises de justifier la désactivation brutale de milliers de comptes de livreurs, une situation qui soulève de sérieuses questions sur le statut des travailleurs indépendants dans ce secteur.

EN BREF

  • Les syndicats demandent des justifications pour les désactivations des comptes de livreurs.
  • Les plateformes sont accusées d’opacité dans leurs pratiques.
  • Une action de groupe en justice pourrait être engagée contre UberEats et Deliveroo.

Lors d’une conférence de presse tenue à Paris le 18 mai, Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT, a déclaré que cette initiative vise à « lutter contre l’abus du système d’indépendant ». Les syndicats souhaitent que les plateformes fournissent des explications claires et détaillées lorsque des comptes de livreurs sont désactivés. Ce phénomène, qui a pris une ampleur significative, laisse de nombreux livreurs sans revenus du jour au lendemain.

Chaque semaine, des dizaines de comptes sont désactivés sur des motifs parfois flous. Les livreurs sont souvent tenus de se soumettre à des vérifications d’identité, comme des selfies, afin de prévenir les fraudes. Cependant, des situations absurdes se produisent. Par exemple, Morgan, un livreur du Nord ayant effectué 39 000 courses pour UberEats, a vu son compte désactivé pendant deux mois pour un simple selfie jugé trop sombre. Il témoigne : « J’ai envoyé des mails, des messages, mais c’est toujours un robot qui répond. »

La situation est d’autant plus préoccupante que, selon l’avocate Cécile Cotza, qui soutient cette action judiciaire, « le livreur est incapable de savoir quelle a été la course à l’origine de la désactivation de son compte ». Beaucoup d’entre eux se retrouvent dans l’incapacité de se défendre face à une procédure qu’ils jugent opaque et injuste.

De leur côté, UberEats et Deliveroo défendent leurs pratiques en affirmant qu’aucune désactivation de compte n’est effectuée sans intervention humaine. Ces entreprises soulignent également que les livreurs ont un droit de recours en cas de problème. Cependant, la réalité vécue par les livreurs est bien différente. Union Indépendants, le premier syndicat des livreurs, a déclaré avoir géré près de 2 800 dossiers de « désactivations brutales » au cours des deux dernières années.

Les syndicats demandent également une plus grande transparence sur les revenus et les algorithmes utilisés par les plateformes. Marylise Léon souligne qu’un prestataire, un salarié ou un artisan peut comprendre sa rémunération, mais les livreurs de repas travaillant avec UberEats ou Deliveroo, tout comme les chauffeurs de VTC, se trouvent souvent dans une situation d’incertitude totale concernant leur rémunération. « C’est l’un des seuls domaines où l’on ne sait pas combien on est payé », déplore-t-elle.

Cette mise en demeure des syndicats pourrait avoir des conséquences importantes pour les plateformes de livraison. Si UberEats et Deliveroo ne parviennent pas à répondre de manière satisfaisante aux demandes de transparence, une action de groupe en justice pourrait voir le jour. Les travailleurs indépendants, qui se battent pour leurs droits, sont désormais soutenus par des organisations syndicales qui cherchent à garantir un traitement équitable dans un secteur en pleine expansion.

Cette situation met en lumière les défis auxquels sont confrontés les livreurs dans un environnement où les entreprises technologiques dominent le marché. La nécessité d’une régulation plus stricte et d’un encadrement des pratiques des plateformes de livraison apparaît de plus en plus évidente, afin de protéger les travailleurs et de garantir leur droit à un revenu décent.