Un rapport parlementaire, publié ce mardi, met en lumière de graves lacunes dans la gestion de la crise des laits infantiles. Les députés Mathilde Hignet (LFI) et Michel Lauzzana (Renaissance), co-rapporteurs de cette mission, soulignent le manque de contrôle, la réaction tardive des autorités et la communication insuffisante des industriels face à une situation préoccupante.
EN BREF
- Un rapport parlementaire dénonce des manquements dans la gestion de la crise des laits infantiles.
- Les députés demandent des mesures pour éviter de futures crises sanitaires.
- Des recommandations visent à renforcer les contrôles et la transparence des industriels.
La crise des laits infantiles a éclaté en décembre 2025, lorsque Nestlé a rappelé des lots de lait infantile en raison de la présence potentielle de céréulide, une toxine susceptible de provoquer des vomissements chez les nourrissons. Cette alerte a entraîné une série de rappels de la part d’autres fabricants, tels que Danone et Lactalis, tous utilisant un ingrédient commun : une huile riche en acide arachidonique (ARA) fournie par le sous-traitant chinois Cabio Biotech.
Mathilde Hignet a déclaré que ce rapport était « attendu par les familles ». Il vise à clarifier les événements et à identifier les dysfonctionnements dans la chaîne de production et de distribution. Selon les co-rapporteurs, la situation révèle des lacunes qui nécessitent une attention urgente.
Les rapporteurs ont observé que Nestlé, après avoir identifié la source de la contamination le 24 décembre, a informé les autres industriels seulement le 30 décembre, et les autorités françaises que le 5 janvier. Cette lenteur dans la communication soulève des interrogations sur le respect de la loi Egalim, qui impose une notification immédiate des autorités en cas de risque pour la santé publique.
« Les manquements potentiels » signalés par les rapporteurs ont conduit à un signalement à la justice, car la présence de la céréulide, bien qu’elle ne fasse pas l’objet de contrôles de routine, doit être surveillée tout au long du processus de fabrication. Le rapport met également en avant les moyens insuffisants des autorités de contrôle, qui se reposent de plus en plus sur les autocontrôles des industriels.
Les députés se demandent s’il n’était pas préférable de rappeler tous les lots contenant l’huile ARA dès le début de l’alerte, plutôt que de laisser sur le marché des produits potentiellement contaminés. Bien que les industriels aient exprimé des préoccupations concernant les pénuries potentielles, les rapporteurs insistent sur la nécessité de protéger la santé des consommateurs avant tout.
En réponse aux révélations de la cellule d’investigation de Radio France, qui a rapporté des retraits discrets de produits contaminés par Nestlé, l’industriel a fermement contesté ces allégations. Pour l’association de défense des consommateurs Foodwatch, ce rapport démontre que certains fabricants ont cherché à dissimuler des informations cruciales.
La réactivité des autorités sanitaires est également mise en question, car il s’est écoulé plus d’un mois entre le début de l’alerte alimentaire et le déclenchement de l’alerte sanitaire. Les rapporteurs signalent une communication « relativement tardive » envers les professionnels de santé, ce qui a conduit à des impressions de confusion et un manque de transparence parmi les consommateurs.
En France, trois décès de nourrissons ayant consommé des laits rappelés ont été signalés, bien que la responsabilité du lait ait été écartée pour deux d’entre eux. Les recommandations proposées par les rapporteurs incluent le renforcement des critères de référencement des matières premières, l’augmentation des contrôles indépendants financés par les industriels, ainsi que des améliorations aux procédures d’alerte pour les aliments destinés aux enfants.
Ce rapport met en évidence la nécessité d’une réévaluation des substances réglementées par l’Union européenne, y compris l’intégration de la toxine céréulide dans cette liste. Les députés insistent sur l’importance d’adopter des mesures préventives pour éviter que de telles crises ne se reproduisent à l’avenir.