Moustiques : pourquoi certaines personnes sont plus piquées que d’autres

Les soirées d’été sont souvent accompagnées d’un phénomène bien connu : les piqûres de moustiques. Vous avez probablement déjà vécu cette situation où, lors d’un barbecue entouré d’amis, vous êtes la seule personne à être piquée, tandis que les autres profitent paisiblement de leur verre. Cette expérience, qui pourrait sembler être une simple question de malchance, a en réalité une explication scientifique bien plus complexe.

EN BREF

  • Les moustiques montrent des préférences pour certaines personnes.
  • Leur attirance est liée à des facteurs comme le CO2 et les acides carboxyliques.
  • Des croyances populaires, comme le « sang sucré », sont infondées.

La science a démontré que certains individus attirent plus les moustiques que d’autres. Des recherches entomologiques, menées depuis les années 1990, révèlent que certaines personnes peuvent subir jusqu’à quatre fois plus de piqûres que leurs voisins dans des conditions similaires. L’idée selon laquelle l’attractivité des moustiques serait liée à un « sang sucré » est en réalité un mythe. Les moustiques ne détectent pas le sucre. Ce qui les attire est un mélange chimique bien plus sophistiqué.

Le principal facteur d’attraction est le dioxyde de carbone (CO2). Chaque fois que vous expirez, vous émettez ce gaz, et les moustiques femelles, qui sont les seules à piquer pour se nourrir de sang afin de nourrir leurs œufs, possèdent des récepteurs capables de détecter le CO2 à plus de 50 mètres. Les personnes qui expirent davantage de CO2, comme les personnes de grande taille, les femmes enceintes ou les sportifs en plein effort, sont donc repérées plus facilement.

Le rôle des groupes sanguins et des acides carboxyliques

Une étude de 2011 publiée dans PLOS ONE a montré que les moustiques Aedes aegypti sont particulièrement attirés par les personnes de groupe sanguin O. Ces individus ont été piqués presque deux fois plus que ceux de groupe A, tandis que ceux de groupe B se situaient entre les deux. Environ 80 % des humains sécrètent des marqueurs chimiques de leur groupe sanguin à travers la peau, et les moustiques peuvent les détecter.

Plus récemment, une recherche de l’université Rockefeller, parue en 2023 dans la revue Cell, a identifié les acides carboxyliques présents sur la peau comme un facteur déterminant. Ces composés, produits par les glandes sébacées et transformés par les bactéries cutanées, créent une signature olfactive unique. Certaines personnes possèdent des niveaux d’acides carboxyliques jusqu’à 100 fois supérieurs à d’autres, ce qui les rend particulièrement attractives pour les moustiques.

Impact des comportements et de l’environnement

Au-delà des caractéristiques génétiques, certains comportements peuvent également accroître l’attractivité. Par exemple, l’acide lactique, qui est libéré en grande quantité après un effort physique, agit comme un puissant signal pour les moustiques. Une étude du Journal of the American Mosquito Control Association a révélé que les personnes qui viennent de faire du sport sont piquées plus fréquemment.

La chaleur corporelle joue également un rôle crucial. Les moustiques possèdent des thermorécepteurs qui leur permettent de détecter les zones les plus chaudes du corps, comme les chevilles et les pieds, qui sont souvent bien vascularisées. Tout ce qui augmente votre température, que ce soit à cause d’un exercice physique, de l’alcool ou de vêtements sombres, vous rend davantage visible aux moustiques.

Un autre facteur souvent méconnu est l’impact de la consommation d’alcool. Une étude japonaise de 2002 a démontré qu’une simple canette de bière pouvait augmenter l’attractivité d’un individu pour les moustiques. Bien que les chercheurs n’aient pas encore déterminé le mécanisme exact, il est clair que l’effet est mesurable.

Contrairement à une idée reçue, les moustiques ne sont pas attirés par la lumière. Leur attirance est principalement due au CO2, aux odeurs corporelles et à la chaleur, et non aux lampes de terrasse. Cette persistance de certaines croyances, comme celle du « sang sucré », peut être attribuée à des erreurs de perception et à des biais cognitifs.

En somme, les moustiques ne choisissent pas leurs cibles au hasard. Ils s’appuient sur des signaux chimiques et thermiques affinés par des millions d’années d’évolution pour identifier les meilleures sources de nourriture. La prochaine fois que l’on vous dira que vous avez le « sang sucré », vous pourrez répondre que c’est en réalité votre combinaison unique d’acides gras cutanés, votre groupe sanguin et votre microbiote qui vous rendent attractif pour ces insectes. Une explication bien plus fascinante que le simple « sang sucré ».