Mounir, 51 ans, chauffeur de taxi à Marseille depuis quatorze ans, illustre parfaitement le quotidien parfois complexe des travailleurs indépendants. Avec un revenu net de 2 320 € par mois, il gère ses finances entre ses charges professionnelles et personnelles. Cet article plonge dans la réalité d’un artisan qui jongle avec des revenus fluctuants et des dépenses fixes.
EN BREF
- Mounir gagne 2 320 € nets par mois en tant que chauffeur de taxi à Marseille.
- Ses charges mensuelles dépassent 1 200 €, laissant un reste à vivre modeste.
- Il met de côté pour constituer une épargne de sécurité face aux imprévus.
Le revenu de Mounir dépend entièrement de ses courses. Son chiffre d’affaires brut atteint environ 5 200 € par mois. Après avoir déduit la redevance mensuelle à la coopérative, les cotisations sociales, l’assurance professionnelle et l’entretien de son véhicule, il lui reste environ 2 320 € nets. Dans cette profession, il n’y a pas de treizième mois, ni de congés payés. « Quand je ne roule pas, je ne gagne rien », résume-t-il.
Les fluctuations de son revenu sont significatives. Les mois d’été, avec l’afflux de touristes et les transferts vers l’aéroport Marseille-Provence, sont souvent plus lucratifs. En revanche, les mois de janvier et février peuvent voir ses gains chuter à 1 900 € nets. La moyenne de 2 320 € tient compte de ces variations saisonnières.
Mounir ne bénéficie d’aucune aide sociale. Son fils vit chez sa mère et, en raison de ses revenus, il ne peut prétendre à des allocations logement. Son seul complément est un modeste cashback de quelques euros par mois sur sa carte bancaire, que de toute façon, il ne considère pas comme un revenu à part entière.
Concernant ses dépenses, le loyer de son T3 dans le 14ème arrondissement de Marseille s’élève à 620 € charges comprises. Cet appartement constitue l’un des logements les plus abordables de la ville. « Ce n’est pas le grand luxe, mais c’est propre et c’est à moi », confie-t-il. Suivant le loyer, la pension alimentaire pour son fils, fixée à 350 € par mois, représente son deuxième plus gros poste fixe.
Viennent ensuite l’assurance habitation à 28 €, la mutuelle santé à 62 €, ainsi que l’impôt sur le revenu prélevé à la source, qui représente environ 115 € par mois. Bien qu’il ne paie plus de taxe d’habitation, il reste redevable de la taxe foncière pour son emplacement de parking privé, soit 18 € par mois. Au total, ses dépenses fixes s’élèvent à 1 246,49 €, lui laissant ainsi 1 073,51 € pour vivre.
Mounir est attentif à ses dépenses alimentaires, qu’il surveille de près. En moyenne, il consacre environ 280 € par mois aux courses, privilégiant des plats faits maison qu’il cuisine en grande quantité. « Je mange mieux que quand j’étais marié, ironise-t-il. Et surtout moins cher. »
En ce qui concerne ses loisirs, il opte pour la modération. Il sort au restaurant avec des amis une à deux fois par mois, ce qui lui coûte environ 60 €. Un café quotidien au bar du quartier avant de prendre son service représente une dépense de 45 € par mois. Mounir ne boit pas d’alcool, ce qui contribue à réduire ses frais de sortie. Lorsqu’il reçoit son fils, il dépense environ 70 € supplémentaires en activités communes.
Les dépenses liées aux vêtements et divers sont également maîtrisées, avec un budget de 40 € par mois. Son abonnement à la salle de sport, à 30 €, vient compléter ce tableau. Au final, ses dépenses variables s’élèvent à environ 650 €, laissant théoriquement un peu plus de 400 € pour divers imprévus ou pour épargner.
En réalité, Mounir dégage en moyenne 423 € de reste à vivre. Sur cette somme, il place 200 € sur un Livret A dont il espère atteindre 15 000 € dans les deux ans à venir. En tant qu’indépendant, il sait bien qu’une épargne est cruciale pour faire face à d’éventuels imprévus. « Si ma voiture lâche ou si je me casse le bras, j’ai zéro revenu. Cette épargne, c’est mon assurance survie », explique-t-il.
Mounir n’a aucun crédit à la consommation en cours, ayant soldé son seul emprunt passé, pour sa voiture, en 2024. Il économise également 100 € par mois pour ses vacances. Chaque année, il part en Algérie chez sa famille, ce qui lui coûte environ 1 200 € tout compris.
Les 123 € restants sont utilisés comme un « matelas flottant » pour absorber les imprévus. Certains mois, ils couvrent des frais inattendus, comme une amende de stationnement ou un cadeau d’anniversaire pour son fils. D’autres mois, ils viennent alimenter son Livret A. « Je ne suis pas riche, mais je dors tranquille. Y’a dix ans, c’était pas le cas », conclut-il.
A 2 320 € nets par mois, Mounir se situe légèrement au-dessus du salaire médian français. Toutefois, son statut d’indépendant le place dans une situation précaire, sans chômage ni retraite confortable à l’horizon. « Les gens voient le compteur tourner et pensent qu’on se fait de l’or. Mais entre l’essence du taxi, les cotisations et la redevance, il reste la moitié. Je compare cela à un conducteur de bus qui a des avantages que je n’ai pas. Moi, j’ai ma liberté — et mes angoisses. »