Le cancer colorectal, deuxième cause de mortalité par cancer en France, se développe souvent à partir de lésions bénignes appelées polypes. Une étude récente menée par l’Inserm, en collaboration avec Sorbonne Université et l’Université Paris Cité, apporte des éclaircissements sur les raisons pour lesquelles certains polypes évoluent vers une tumeur, tandis que d’autres demeurent inoffensifs. Cette recherche ouvre la voie à des stratégies de prévention plus ciblées et personnalisées.
EN BREF
- Une étude montre que l’environnement immunitaire joue un rôle crucial dans la progression des polypes.
- Des cellules immunitaires actives peuvent détecter et neutraliser les cellules précancéreuses.
- Les ARN non codants identifiés pourraient devenir des biomarqueurs pour prédire le risque de cancer colorectal.
La prévention du cancer colorectal repose principalement sur le dépistage précoce et la coloscopie. Lorsqu’un polype est détecté, il peut être retiré avant qu’il ne devienne cancéreux. Toutefois, tous les patients ne présentent pas le même risque de développer ces polypes. Certains en développent très peu, tandis que d’autres en accumulent régulièrement, sans explication apparente. Les médecins manquent d’outils pour prédire quels patients nécessitent une surveillance renforcée.
Pour mieux comprendre les mécanismes sous-jacents, les chercheurs ont analysé 258 lésions précancéreuses provenant de 69 patients. À l’aide de techniques avancées de génomique et d’imagerie, ils ont pu cartographier les cellules présentes dans ces polypes. Les résultats montrent que les individus développant peu de polypes possèdent un environnement immunitaire particulièrement actif au sein des lésions. En effet, une plus grande quantité de cellules immunitaires capables d’identifier et d’éliminer les cellules anormales a été observée.
Jérôme Galon, directeur de recherche à l’Inserm, précise : « Nos analyses poussées de l’évolution du microenvironnement montrent que ce profil immunitaire “renforcé” peut s’établir très précocement, dès l’apparition du premier polype, et pourrait permettre l’immunosurveillance des cancers naissants. » Cette découverte suggère que certains organismes sont capables de détecter précocement les cellules précancéreuses et de les neutraliser avant qu’elles ne deviennent dangereuses.
Pour illustrer cette avancée, prenons l’exemple de deux patients ayant un polype de taille similaire. Dans le cas du premier, le système immunitaire met rapidement en place une surveillance efficace, limitant la progression de la lésion. À l’inverse, chez le second, cette protection est moins performante, laissant plus de chances aux cellules anormales de se multiplier. Le risque de cancer pourrait ainsi différer significativement, malgré une apparence initiale identique.
Cette compréhension approfondie des mécanismes immunitaires pourrait, à terme, permettre de personnaliser le suivi et les traitements en fonction du profil biologique de chaque patient. Le cancer colorectal, qui se développe dans le côlon ou le rectum, commence généralement par un polype évoluant lentement sur plusieurs années. Souvent asymptomatique aux premiers stades, il peut cependant présenter des signes tels que la présence de sang dans les selles, des modifications persistantes du transit intestinal, des douleurs abdominales, une fatigue chronique ou une perte de poids inexpliquée.
Les principaux facteurs de risque incluent l’âge, les antécédents familiaux, une consommation excessive d’alcool, le tabagisme, l’obésité et la sédentarité. Un aspect intrigant de l’étude est la découverte que les lésions protégées par le système immunitaire présentent une plus grande quantité d’ARN non codants, des molécules régulatrices de nombreux gènes. À l’inverse, les lésions des patients à risque élevé montrent des caractéristiques biologiques similaires à celles observées dans des cancers avancés.
Pour les scientifiques, ces ARN pourraient devenir des biomarqueurs permettant d’identifier les personnes les plus à risque de développer un cancer colorectal. Ils pourraient également servir de base au développement de nouvelles immunothérapies préventives ou de vaccins destinés à empêcher l’apparition de ce type de cancer. Même si plusieurs années de recherche sont nécessaires avant d’envisager ces applications, cette étude jette un éclairage nouveau sur les premières étapes de la maladie et pourrait transformer la prévention du cancer colorectal.
En résumé, le dépistage régulier, l’ablation des polypes et un mode de vie sain sont des moyens de réduire significativement le risque de cancer colorectal. Les symptômes à surveiller incluent la présence de sang dans les selles et des troubles du transit. La surveillance des polypes est essentielle, car certains peuvent évoluer vers un cancer.