Iran : enjeux de pouvoir et incertitudes après la mort d’Ali Khamenei

Alors que les funérailles d’Ali Khamenei se déroulent ce samedi 4 juillet, les interrogations persistent sur la réalité du pouvoir en Iran. Quatre mois après sa mort, causée par une frappe israélo-américaine le 28 février, la figure du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, reste entourée de mystère. Ce dernier n’est pas apparu en public depuis sa désignation le 8 mars, laissant planer des doutes sur sa santé et son autorité.

EN BREF

  • Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême, demeure invisible depuis sa nomination.
  • Le pouvoir en Iran semble se décentraliser avec une influence croissante des Gardiens de la Révolution.
  • La répression s’intensifie, mettant en péril les droits humains dans le pays.

La question de la présence de Mojtaba Khamenei aux funérailles de son père soulève des interrogations quant à son pouvoir. Adel Bakawan, directeur de l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (EISMENA), souligne que le rôle du guide suprême est de trancher entre les différents pôles de pouvoir. Toutefois, l’absence prolongée de Mojtaba Khamenei laisse entrevoir une possible inertie au sommet de l’État iranien.

David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique, renchérit en affirmant que l’invisibilité de Mojtaba Khamenei pourrait être due à des blessures graves, le rendant incapable d’assumer pleinement ses fonctions. Ce manque de visibilité pourrait être interprété comme un affaiblissement du pouvoir central, déjà mis à mal par les rivalités internes.

Un pouvoir fragmenté

En l’absence d’une figure forte, le pouvoir en Iran semble se fragmenter. Les institutions militaires, religieuses et civiles prennent plus de place dans la gouvernance. Outre le nouveau guide suprême, plusieurs acteurs influents émergent, tels que le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef des Gardiens de la Révolution, Ahmad Vahidi. La désignation de Mohammad Bagher Zolghadr à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, un ancien membre des Pasdarans, illustre cette tendance vers une centralisation du pouvoir au sein des Gardiens de la Révolution.

Pour Bakawan, la situation actuelle permet néanmoins d’observer une complémentarité entre les différentes factions, chacune ayant un rôle dans la gestion des crises. Le président Massoud Pezeshkian, représentant des modérés, joue un rôle clé dans les négociations, tandis qu’Ahmad Vahidi gère les opérations militaires. Cette dynamique ouvre la porte à des débats internes, mais aussi à des conflits potentiels.

Conséquences pour les droits humains

La décentralisation du pouvoir et la montée en puissance des Gardiens de la Révolution n’améliorent pas la situation des droits humains en Iran. Depuis le début de la guerre, 156 personnes ont été exécutées, dont 42 pour des accusations liées à la sécurité nationale, selon des experts de l’ONU. Cette situation laisse présager une répression accrue, les Gardiens de la Révolution étant déterminés à ne pas tolérer toute contestation qui pourrait mettre en péril leur autorité.

Les manifestations de janvier dernier ont déjà révélé une brutalité sans précédent dans les méthodes de répression. Selon Rigoulet-Roze, les Gardiens se considèrent désormais comme les grands gagnants de la guerre, ce qui renforce leur légitimité à réprimer toute opposition. Ils estiment avoir maîtrisé la guerre, la diplomatie et la négociation, leur permettant d’affirmer leur domination sur le pays.

En somme, la mort d’Ali Khamenei a ouvert une période d’incertitude en Iran. Avec un guide suprême dont l’autorité est mise en question et un pouvoir de plus en plus décentralisé, l’avenir politique du pays semble incertain. Les Iraniens, oubliés dans les négociations internationales, continuent de faire face à des violations graves de leurs droits fondamentaux alors que le régime renforce son emprise.