Emmanuel Macron a effectué une visite inédite à Damas, marquant la première fois qu’un chef d’État d’une puissance occidentale se rend en Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad. Ce déplacement intervient dans un contexte délicat, alors que le pays tente de se reconstruire après plus de treize ans de guerre civile.
EN BREF
- Première visite d’un président occidental en Syrie depuis la chute d’al-Assad.
- Macron accompagné de dirigeants économiques pour discuter de la reconstruction.
- Engagement de la France à soutenir une Syrie pluraliste et sécurisée.
Arrivé lundi soir, Emmanuel Macron a choisi de garder le déplacement secret jusqu’à son atterrissage, une précaution justifiée par les craintes de sécurité dans un pays en proie à des tensions persistantes. En effet, une attaque à la bombe survenue récemment à Damas a causé la mort de dix personnes, illustrant la fragilité de la situation.
Ce voyage est le premier d’un président français en Syrie depuis Nicolas Sarkozy, dont les visites entre 2008 et 2009 ont été suivies par une rupture des relations diplomatiques suite à la répression violente du Printemps arabe en 2011. L’agence de presse officielle syrienne, Sana, a qualifié cette visite d’« historique », la considérant comme un tournant dans le retour de la Syrie sur la scène internationale.
Avant cette visite, Emmanuel Macron avait déjà pris des initiatives marquantes en rencontrant Ahmed al-Chareh, le nouveau président syrien, en mai 2025. Ce geste avait suscité des critiques, notamment de la part des partis d’opposition de droite et d’extrême droite, mais il témoigne de la volonté de la France de jouer un rôle actif dans la transition politique syrienne, malgré le passé djihadiste d’al-Chareh.
Accompagné de figures économiques telles que Rodolphe Saadé, président de CMA-CGM, et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, le président français a abordé des questions cruciales liées à la reconstruction du pays et à la reprise des investissements français. Toutefois, ces entreprises restent prudentes à l’heure actuelle, face à une situation encore incertaine.
Lors d’une déclaration, l’Élysée a souligné que « la nouvelle Syrie ne sera notre partenaire qu’à la condition que sa pluralité soit parfaitement prise en compte ». Paris a affiché une position à la fois confiante et exigeante, excluant la possibilité qu’un « pouvoir exclusif se substitue à un autre pouvoir exclusif ». Cette position est d’autant plus importante dans un contexte où des violences intercommunautaires persistent, comme en témoignent les massacres d’Alaouites en mars 2025.
Au-delà des enjeux internes, la lutte contre le groupe djihadiste État islamique et la présence de djihadistes français en Syrie demeurent des préoccupations majeures pour la France, qui a été frappée par des attentats orchestrés depuis ce pays en 2015.
Denis Bauchard, ancien ambassadeur et expert à l’Institut français des relations internationales, a souligné que cette visite pourrait également signaler une volonté de Macron de renforcer le nouveau régime syrien, alors qu’Israël s’efforce de garder une Syrie faible et divisée, tout en se méfiant de l’influence turque grandissante derrière al-Chareh.
Dans un contexte international en évolution, cette visite de Macron pourrait ainsi jouer un rôle clé dans le repositionnement de la France au Moyen-Orient et dans l’établissement de nouveaux partenariats, tant économiques que politiques.